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mercredi 15 janvier 2014

Le cas Leleu, lancement






Le cas Leleu, sur version papier

14 pages illustrées
impression et assemblage (livret cousu) en main propre


tirage limité à 25 exemplaires
sur papier Bouffant 210 grs

des imperfections peuvent apparaître, les exemplaires différer, du fait de la fabrication artisanale.


 1 exemplaire encore disponible

10 euros, frais de port compris
commande par mail : lesmotsdesmarees@gmail.com



 

samedi 4 janvier 2014

Le Cas Leleu, parution




Pour débuter cette année, et revenir à la lumière, une petite surprise : donner corps au numérique...








Le cas Leleu, sur version papier

14 pages illustrées
impression et assemblage (livret cousu) en main propre


tirage limité à 25 exemplaires
sur papier Bouffant 210 grs

des imperfections peuvent apparaître, les exemplaires différer, du fait de la fabrication artisanale.

10 euros, frais de port compris
commande par mail : lesmotsdesmarees@gmail.com





jeudi 12 décembre 2013

Le cas Leleu # 10 - épilogue

 

 
          Cette nouvelle n'est pas basée sur un article anonyme publié dans le quotidien La France du Nord, dirigé par Edmond Magnier, dans la rubrique Faits-Divers. Le journaliste n'a pas été dépêché sur une indication d'un médecin de l'Hôpital, fervent admirateur du travail de Guillaume Duchenne, et qui souhaita rester anonyme. Ce médecin ne s'était pas refusé d'adresser le cas à l'asile public d'aliénés de Bailleul, dirigé alors par Pascal Leblond, notamment pour des divergences politiques dans le climat tendu que l'on connaît, et le faible effectif d'encadrement présentement en place, à savoir, deux médecins et un interne pour plus de mille patients.


           Le journaliste sus-évoqué n'a pas non plus retrouvé, quelques années plus tard, dans le sous-sol du Museum d'Histoire Naturelle de Boulogne sur mer et sur indication du Docteur Hamy, un petit carton renfermant des clichés d'époque, un vieux carnet de cuir et quelques effets apparemment personnels étiquetés A. Leleu. Ernest Hamy n'attendit pas l'an 1873 pour exposer le corps naturalisé du sujet, après trois années dans une caisse en bois. Ce corps ne fût pas exhibé dans le département « Curiosités », inauguré suite aux échanges initiés entre les musées de province de pièces d'anthropologie contre des objets de curiosité.
           

          Il n'y a donc ni base tangible, ni trace aucune de cette histoire qui n'a jamais eu lieu entre 1869 et 1873.



 

mercredi 11 décembre 2013

Le cas Leleu # 9







           Je pense pouvoir affirmer sans hésitation qu'avant son internement, le sujet a eu une vie sociale, intégrée à la vie en société. Qu'il y avait même une place, voire un rôle certain. Donc par induction, une éducation et des principes. Peut-être même une famille. Les différents facteurs m'incitent à certifier qu'un ou plusieurs événements sont venus frapper psychiquement et avec force Alembert, qui dans un premier temps résista, continuant à vivre « normalement », jusqu'à ce que les premières manifestations physiques ne viennent déranger son mode de vie coutumier. D'abord de légères céphalées, qui ont empirées. Son corps a malgré-lui cherché d'autres solutions, et le monde qu'il connaissait ne correspondant plus au monde tel qu'il le concevait, il développa au détriment même de l'esprit du sujet, de son propre esprit donc, un autre mode de développement. Je ferai ainsi ce parallèle entre la structure osseuse et la croissance d'un arbre. L'individu, se protégeant de la folie du monde extérieur, s'est épaissi de l'intérieur, nourrissant sa propre folie. J'atteste ainsi de la mise en lumière du premier « homme-arbre », symptomatique d'une inadéquation à la vie moderne de notre XIXème siècle et de ses formidables évolutions.

           Vous pouvez mandater vos photographes au Museum d'Histoire Naturelle, où la dépouille du sujet est présentée au public, dûment naturalisée. Voilà tout pour notre entretien, si vous le permettez, il est l'heure d'effectuer ma ronde auprès des patients.



  

mardi 10 décembre 2013

Le cas Leleu # 8







           Comme on s'y attendait, le sujet s'éteignit avant la fin de sa deuxième semaine d'admission. Mais d'une étrange manière, qui trouble encore le personnel de l'Institut. Sa peau semblait comme aspirée par bien des endroits par son corps. Elle laissait transparaître sa chair, et à bien des endroits, ses os. C'est là que je décidais d'initier une autopsie. Celle-ci révéla deux phénomènes curieux. Le premier était cette compression des organes internes. Pas un rétrécissement non, il semble que les organes du sujet se soient comprimés intérieurement, jusqu'à diminuer. Le chirurgien-légiste, les lui ôtant, les déplia littéralement pour les étaler sur la table. Ensuite, ce dernier nous fit remarquer l'épaisseur inhabituelle des os : il semblerait que la structure osseuse du sujet ait continué de se développer, comprimant l'intérieur de son corps, et étirant progressivement sa peau. J'attribue cette manifestation à l'expression physique de l'extrême repli sur soi du sujet, et à son rejet complet du monde extérieur. J'en tirai mes conclusions.


à chaque réveil la sensation d'avoir été défenestré du sommeil
l'herbe un bruit de papier cristal
bientôt ne pourrai plus

comme une laisse s'étendre
refait à descendre
descendu défait à la montée
deux fois le jour noyé
plus que d'un sommeil
réanimé aux armes salées
asséché à la paix



 

lundi 9 décembre 2013

Le cas Leleu # 7







           Après l'injection, les soigneurs entrèrent avec le matériel, le sujet resta calme, s'allongeant de lui-même sur son lit, ailleurs et docile. Le petit maillet se leva, puis s'abattit sèchement. A notre surprise, le pic ne pénétra que la peau, arrêté par on ne sait quoi. L'os devait être théoriquement fin et aisé à transpercer, à cet endroit. Le sujet hurla. Le soigneur leva à nouveau rapidement le petit maillet puis cogna à nouveau, plus fort, affolé. Le pic s'enfonça à peine plus dans la marque précédente, et malgré la morphine le sujet hurla derechef de douleur. Il releva la tête et plus que circonspect m'interrogea du regard. Les soigneurs interdits me fixaient, puis la blessure qui n'en était une. Face à l'agitation de Leleu, et pour éviter un traumatisme additionnel, nous nous retirâmes, le laissant, le crâne bandé d'une gaze rougissante obstinément. Je jugeais indécent de réitérer l'expérience sur l'autre tempe. Ils sont rares les patients qui conservent en mémoire une telle expérience. Il me confia plus tard que ce n'était pas tant la douleur du coup porté que l'immense résonance dans son crâne, ce bruit atroce au contact. Un autre bruit commençait à courir.



Je n'ai fait que passer dans les paysages
je n'ai fait que traverser comme un paysage dont je ne faisais pas parti
je n'ai fait que passer des paysages sous les paupières closes
que je repasse à présent que je n'ouvre plus les yeux
un fantôme carné dans sa pèlerine de gris élimé éliminé par la pénombre
du regard de l'autre qui se tourne alors que les pas se détournent
et s'appuient comme les ailes blanches blanches sur les épaules du vent
à migrer là où il fait toujours froid vers des cavités sans langues
sans pouvoir plus articuler autre chose que des pas à pas
un peu plus lentement loin de soi comme entre deux clignements
un peu plus loin de soi inscrit sur la terre des paupières



 

dimanche 8 décembre 2013

Le cas Leleu # 6







           Lorsqu'il revint à un état stabilisé, nous décidâmes de ne pas lui laisser d'accès aux livres, mais lui avons laissé à disposition du papier et un morceau de charbon. Comme je m'y attendais, il se saisit, entre deux crises, du morceau pour écrire. Il s'y prit à plusieurs tentatives, mais ne traça jamais plus d'une lettre, une première lettre d'un mot qui restait à chaque fois interdit dans sa main, dans son esprit. Bientôt, il chiffonna chacune des feuilles, gémissant qu'elles apportaient trop de lumière. C'est là que je remarquais que ses cernes, malgré tout le repos apporté, continuaient de s'allonger. Je crus d'abord qu'il s'agissait de la crasse du charbon, mais compris bien vite qu'il s'agissait en réalité de la propre ombre du sujet, de son humeur bileuse qui marquait physiquement ses joues. Je lui prescrit quelques cuillères de confiture de haschisch aux repas pour tenter de le soulager. Mais face aux plaintes à demi-mots répétées du sujet, sur ses yeux qui le brûlaient, son crâne qui le serrait, je décidai d'une trépanation pour le soulager. Je mandais donc les soigneurs.
 

Il y a un mauvais esprit dans le sang qui se transmet qui me meut j'ai sang mauvais qui prend aux jambes jusqu'à la tête sang qui ne se voit mauvais en moi personne pour le voir et le croire je suis moi je crois je le crois encore mais plus seul qui m'isole encore je ne crois plus être le sang mauvais expulse m'expulse l'esprit du corps qui ne peut sortir suis-je ainsi si mauvais homme mes amours d'être parti maintenant je pars de moi-même



 
 

vendredi 6 décembre 2013

Le cas Leleu # 5







 
           Nous avons donc décidé de convoquer un colloque des plus éminents confrères. Le sujet fût placé dans notre amphithéâtre privé, pour observation et partage. L'expérience a tourné court. Sous le savant brouhaha, ce dernier s'est totalement non pas renfermé mais refermé sur lui-même, les bras lui cerclant la tête, masquant comme il put ses organes sensoriels. Les personnes présentes entendirent s'échapper de ses lèvres une sorte de mélopée pratiquement inaudible «  trop de bruit trop de bruit trop de bruit trop de bruit trop trop ». Nous ne réitérâmes point l'expérience. Le sujet resta trois jours ainsi prostré sur lui-même en cellule. Lèvres mues mais muettes. Les confrères conclurent à une sorte d'autisme, d'autres à une débilité, et quelques derniers s'accordèrent sur l'une et l'autre. Je ne fus en fin de compte pas plus avancé, et regrettai même cette initiative. Cette intervention malheureuse ne fit qu'aggraver la situation. Je prescris donc beaucoup de repos, et peu de sollicitations.



Ce n'est rien
deux poings de lumières enfoncés dans les yeux
trois fois rien
la tête emprise entre les cuisses de l'extérieur
et ses deux mains plantées dans les tempes
qui tentent d'arracher la boîte crânienne
presque rien
une graine
une demie
migraine
qui te plante
dans le sol
le troisième dessous
deux fois rien
qui te couche
une petite baise
intérieure






jeudi 5 décembre 2013

Le cas Leleu # 4






           Les soins apportés se résumaient à des repas réguliers, nous attendions d'établir un diagnostique fiable avant de prescrire tout traitement. Je notais cependant que le sujet absorbait la nourriture, mais sa condition physique s’obstinait à décliner, jusqu'à devenir préoccupante. Je notais aussi que ses déplacements, la mesure de ses gestes, se raréfiaient. Se mouvoir suscitait un grimacement. Curieusement, plus les séances se multipliaient, plus nos conversations s'emmêlaient. Le sujet se renfermait visiblement sur lui-même : discours, postures, cela semblait presque se faire malgré lui. Cette incapacité à me transmettre ses sensations physiques et psychiques, de toute évidence, le frustrait. Mais bientôt je dus écourter, puis me contenter de l'observer à travers les barreaux de sa cellule, sa condition physique et mentale ne le permettant plus.


 
      Internement physique, où la conscience de la chose ne provient plus d'abord de la vision de l’œil, mais d'abord du corps. La sensation comme une annonciation non pas de la venue, mais de la vue. L'os donne à sentir puis à voir.
      Internement physique, où la chose devient consciencieuse et lente déflagration, intégrée dans la chair. La chair comme exposition de la programmation anarchique de l'os qui se modèle à l'envie. L'os donne à voir sans être vu.
Ne m'émeut plus
ne me meut plus



 

mercredi 4 décembre 2013

Le cas Leleu # 3






 
           Il était acquis qu'il sache lire et écrire, déduction logique découlant de la possession du carnet. Je me suis penché dessus, mais suis resté interdit devant les pages remplies d'une écriture fine mais tout bonnement illisible. Moi qui espérait trouver des informations nous éclairant sur ce cas, suis resté impuissant. Je persistais cependant mon laborieux déchiffrage. A plusieurs reprises je tentais, dans sa cellule, une mise en confiance, l'entame d'un dialogue. Nos premiers entretiens furent courtois, mais le sujet avait des difficultés à formuler ses différents symptômes, autant qu'il avait de réticence à évoquer son passé. Il était, entre ses crises, parfaitement capable de raisonnement. Il avait même réclamer des livres, tout en refusant les journaux.

corps boucher
crochet boucher
dans la tête le poids
pendu la main l'étau
la poigne du boucher
 du corps boucher
 
  

 

mardi 3 décembre 2013

Le cas Leleu # 2








           Lorsque nous l'avons accueilli, Alembert Leleu bénéficia d'une cellule individuelle. Sur les recommandations de nos confrères, nous ne l'avions affecté à l'un des dortoirs. Le premier jour, il brisa la lampe à gaz de sa cellule. A chaque remplacement de celle-ci, il recommençait. Nous avons donc décidé de ne plus alimenter sa cellule en lumière, et avons rapidement constaté une amélioration de son état, ou plutôt une accalmie, si vous permettez. Cette amélioration n'était qu'un espacement de ses crises, qui persistaient néanmoins. Dans une semi-pénombre, les yeux du sujets acceptaient de s'ouvrir. Il semble qu'Alembert réclamait le silence, alors même qu'il n'y avait pas de bruit. Les céphalées s'accentuaient, leur intensité immobilisait complètement le sujet, recroquevillé sur lui-même, croqué de l'intérieur.

 
on peut avoir penchant pour la perdition
jusqu'à ce qu'elle nous perde
pardonnez-moi, mes amours,
d'avoir du prendre la route



 

lundi 2 décembre 2013

Le cas Leleu # 1



 
          C'est un cas bien étrange que celui d'Alembert Leleu. L’Institut a été alerté par l’Hôtel-Dieu, qui m'a aussitôt mandaté. Nous avons le jour même transféré le sujet en nos locaux, cintré d'une camisole. Non pas qu'il fût dangereux pour autrui, c'était surtout pour sa propre sécurité. A vrai dire, nous n'avons pu observer le sujet que quelques jours, son état étant plus avancé que les symptômes ne le laissaient paraître.
           L'Hôtel-Dieu nous a transmis son dossier médical, qui commença à son admission, et ses effets personnels, quelques loques maigres, une paire de binocles aux verres teintés, un gousset arrêté, une blague à demi pleine, une pipe en porcelaine, de facture visiblement flamande, une canne au pommeau sculpté et sobre et un carnet, qui permit son identification. De traces d'un quelconque passé, d'une adresse, nulle part. Son dossier narre des réactions continues de prostrations et d'asthénie, précédées de crises pendant lesquelles, d'après les descriptions du personnel soignant, le sujet se maintenait la tête, subissant des sortes de convulsions partant du crâne qui secouaient épisodiquement l'ensemble du corps. Ses propos, lorsqu'il y en avait, étaient incohérents. Le sujet était grand, maigre, d'une pilosité légèrement excessive. Sa dentition soignée nous indique qu'il n'appartenait pas à la classe pauvre. Mais rien d'altier dans la tenue qui ne laissait présupposer quelque aisance récente. A vrai dire, il n'y avait a-priori là rien de particulièrement spectaculaire. Nous avons en nos locaux bien des sujets beaucoup plus expressifs que lui. Mais j'y viens.

Je suis Alembert Leleu. Enfin je crois, encore.





lundi 9 septembre 2013

Un cailllou dans la bouche





Bien sûr qu'il savait parler, petit. Mais ce n'est qu'il y a peu qu'il s'était rendu compte. S'en était rendu compte. Ces premiers mots raisonnés, ordonnés de pensées, il les avait articulés, il les avait appris avec des mots de colère qui n'étaient pas les siens. Une colère qui n'était pas la sienne. Une colère qui l'effrayait. Alors les premières années il ne s'en était pas servi. Il garda encore quelques années ce langage intelligible et utilitaire, ce langage inintelligent. Avec ses mots. Jouer Manger Pisser Fatigue Dormir.
Puis, progressivement, il apprit à les enrober. Car il faut bien parler, car il faut bien échanger. Il faut bien grandir. Il apprit à les enrober, un peu comme des friandises. Enrobés de mots-sucrettes ou de voix douce. Il ne voulait pas qu'on les entende, ceux de colère, qu'ils s'attachent dans le pavillon de ceux qui les entendaient comme ils s'étaient incrustés dans le sien. Qu'ils marquent ailleurs comme ils l'avaient marqué. Il avait appris à parler avec des mots de colère. De là lui venait certainement la sienne.
Pour mieux les enrober, mais aussi tuer le temps en ouvrant ses tripes et les étaler, faire durer jusqu'à, jusqu'à ce que, il s'était mis à lire. Non pas, à dévorer des livres. Il apprit comment on met un mot plutôt qu'un autre, comment on omet un mot, comment on commet poliment. Alors sa voix prit d'autres mots, et en même temps qu'il enrichissait son vocabulaire, il grandissait ses pensées. Seulement il n'y avait personne derrière le livre pour répondre à ses questions. Il n'y avait personne pour écouter cette voix qui s'assourdissait.
Pour autour, c'était un gentil garçon qui marmonnait au lieu de parler. De toute façon, il n'avait rien d'intéressant à dire. Qu'aurait-il pu bien avoir à dire, de toute façon. Lire Manger Pisser Asperges Dormir. Peu grand chose de plus, de plus il n'était pas drôle. Cette voix s'assourdissait et butait, trébuchait comme si elle rencontrait des nids de poules dans l'air. C'était un garçon monocorde. On pensait bien qu'il ne pensait rien.
Puis, progressivement, la colère le prit l'enroba. Car elle était toujours présente. Car il faut bien vider. Lorsqu'elle fut trop présente, si présente qu'il n'entendait plus qu'elle, il essaya de lui parler. Il lui parla, mais avec cette voix là, elle ne l'entendit pas. Alors il prit ses propres mots à elle, alors elle l'entendit. Et se fâcha derechef. Elle se fâcha si fort qu'elle s'imprima sur lui, en lui. Elle était devant lui, elle était dans sa bouche, dans la vibration de ses cordes. Était la vibration de ses cordes. Tant et tant qu'il ne pouvait ouvrir la bouche sans qu'elle soit avec lui. Même si les lèvres closes, on ne voyait rien. Rien ne transperçait. Que la colère en dedans. Il tenta de s'écarter d'elle. S'en écarta. Crut s'en écarter.
Fit un pas dans le silence. Y retrouva les mots calmes qui seyaient à l'apparent calme de sa personne. Olympien disait-on. A connaître un peu les mythes grecs, ce n'est pas l'adjectif qu'il eut choisi lui-même. Les histoires de leurs dieux et héros ne découlent généralement pas d'une conduite ataraxique.
Que peuvent construire colère et silence ? Quel enfantement d'homme à venir ? En colère et silence. Il s'immergea dans les mots à éjaculer précocement des phrases noyées. Des saisines, des saisies brutes sur lesquelles se râper. Dans lesquelles se noyer comme dans de la sciure. Jusqu'à ce que de la bouche pleine et pâteuse plus rien n'en sorte, n'en puisse sortir. Que plus rien n'emporte. Sa voix prit encore un octave et un peu d'air. Lèvres plus fines encore.
Et encore un peu. Apprendre à respirer. Lentement. Que la respiration soit aussi douce que ces mots-sucrettes. Que la peau râpée de la voix se lisse comme l'apparence calme. Pour qu'aucune colère ne puisse remonter du larynx en s'y accrochant. Pour qu'aucune colère ne puisse redescendre en lui rencontrer et raviver la sienne. Qu'elle ne batte pavillon noir, gangrène noire partie de l'oreille, partie dedans. Un trait de lèvres légèrement retroussé.
Expirer, ne plus en être bousculer du corps des autres. Inspirer, ne pas en être ni miroir ni carnation. N'en être plus tambour, résonance où l'autre battre propre sa voix, laisser prendre prise à sa propre colère. Nulle prise. L'on comprend de moins en moins qu'il n'est pas uniquement de caractère fort que chez celui qui gueule fort. Mais la facilité raccourcit. La facilité de suivre un schème commun d'accords sans concevoir qu'il y a justement de la faiblesse dans la nécessité de devoir gueuler pour se faire entendre. Qu'il y a faiblesse à partir de l'instant où la voix se doit d'imposer le mot par le ton et sa tenue. Qu'il y a faiblesse lorsque le mot ne se tient plus. Le mot sait se suffire.
Lui bannit ces mots-là, ces tons-là. Du moins tente. Apprendre à parler, c'est apprendre à respirer. Peu à peu il respire, et à voir peut-être seulement cette palpitation trachéenne. Il ne sait pas, il ne peut pas tout effacer, tout gommer, tout lisser, mais c'est l'épaisseur du souffle qui tamponne. Il s'épaissit. Ainsi perdit-il certaines parts de ce que certains nomment cœur. Pierre friable. Pierre sans avis. Pierre. A décocher des regards de l'autre comme des coups de pied. Il en faut bientôt plus pour le bouger. L'inertie concède une force.
Dans ce trait de lèvres, l'on pouvait y voir le caractère de la résignation, alors que l'on n'entendait l'abnégation. Sur les lèvres lisses l'autre veut y lire, y mire son propre atavisme. Il y pose ses propres mots, les laisse l'emporter lui-même dans les lettres de son propre caractère, il s'emmène seul ce faisant, se prête à lui-même, lui prête ses colères, ses contradictions. Le garçon ne répond, ne rend, ne donne, ne prend la mouche, lui laisse sa merde. L'apprentissage du langage par des mots de colère inculque mieux la force du verbe et celle du silence. Il n'y avait plus de brèche en lui pour la colère de l'autre. Il s'épaissit.
Il n'y avait aussi plus de brèche en lui pour l'amour de l'autre. Plus de fissures si lui-même ne s'ébréchait. Alors lorsqu'il répondit en silence aux mots mièvres et couchés de son père. Et lorsque son père reçut le silence plutôt qu'une mascarade de gratitude pour sa carte, il ne l'appela toujours pas. Irresponsable du pouvoir des mots, ce dernier clôtura la mémoire de la naissance de son fils d'une lettre d'adieux, de reproches étouffés, de souvenirs mal placés. Toujours d'un seul côté. Il vit encore ce qu'il avait envie de voir, dit ce qu'il avait envie d'entendre. Il enverrait quand même un pécule de sa retraite pour le tout-petit, car il restait grand-père, même sans le voir.
L'homme se facilitait encore la tâche. Il n'avait pas vraiment le désir d'entendre, seulement sa propre colère, celle qu'il prêtait aussi à son fils. Lequel échangea une latitude contre une autre. Ne joua pas le jeu qu'il n'avait pas choisi. Il prit le combiné résoudre la colère de l'homme. On ne peut exiger entendre la voix de l'un sans se donner la peine de s'adresser à lui. Il lui enroba une journée pleine, un temps pressé, compressé d'impératifs, s'excusa un peu, piqua un peu sa réaction, lui rendit la dérision qu'elle n'avait pas.
Il avait appris à parler avec des mots de colère qui n'étaient pas les siens. Il apprit à répondre à la colère des siens. Il apprit à leur rendre sans y adjoindre de valeur ajoutée, sans surenchère. A l'autre de reprendre sa propre colère. Sa propre colère et la force de ses propres mots. La colère s'en revient toujours d'où elle part. Cette façon irritait, on lui prêtait tout : lâcheté, fuite, faiblesse, transparence. Néanmoins lui était debout et regardait. Lui n'avait plus besoin de gueuler.
Elle était là pourtant, dans sa gueule, la colère. Sous-jacente. Latente. Elle était là mais il n'avait besoin de l'envoyer dans la gueule des autres. Il n'avait pas besoin du miroir de l'autre pour s'y confronter, pour l'affronter. Elle redescend toujours. Elle descend toujours s'asseoir sur sa pierre. Mais il n'avait plus besoin de fronde pour la jeter. Sa force conservée lui permettait à lui de se dresser. Et de muer en roc un caillou.


 

vendredi 7 décembre 2012

De la greffe

 Partage d'écriture n°3, nouvelle 2


Thème : "Il est vain d'écrire sur des thèmes choisis. Nous devons attendre d'avoir allumé une flamme dans notre esprit. Il doit y avoir une force reproductrice et génératrice de l'amour derrière chacun de nos efforts pour réussir. La décision froide ne donne naissance, n'aboutit à rien. C'est le thème qui me cherche, et pas le contraire. La relation du poète à son thème est une relation amoureuse."
H. D. Thoreau, La moelle de la vie, 500 aphorismes.



J'ai toujours pensé que si j'écrivais, c'était pour exprimer les choses dont je ne parlais pas. Pour matérialiser les silences dont je suis fait. C'est d'ailleurs comme cela que tout a commencé. Enfin je crois. Ou presque. La lecture est un préquel. Et naturellement, les premiers jets furent intimes, un peu précoces. Un peu honteux. Maladroitement niais. D'avant une puberté concrète. Le tout se cintrait dans des phrases trop grandes pour moi, comme dans ces jeux d'enfants où les minots imitent leurs parents. Le ton leur paraît toujours si juste sur le moment, même s'il est singe, après coup. Sur le modèle de l'évolution de l'espèce. Plus on avance, plus ce qu'il y a de nous derrière nous nous paraît archaïque, dévolué.

Emmuré dans un mutisme plus ou moins subi, je dis plus ou moins subi, à vivre en microcosme, on finit par s'habituer aux frontières imposées, à fantasmer l'extérieur comme inaccessible et effroyable, effroyablement exaltant. On intègre les barreaux comme les piliers qui maintiennent tout l'édifice, maintiennent notre tout. C'est un peu ça aussi la liberté. Lorsque les limites sont bien cernées, l'individu apprend à évoluer à l'intérieur de ces limites, et son espace apprivoisé gagne en ampleur. Ça peut paraître paradoxal, mais les pensionnés expérimentent vite cette réalité, expérimentent très vite ces marges de manœuvre qu'ils ingèrent, puis qu'ils éprouvent. Et ils ont tous mille et une histoires qui s'apparentent à des états de services de « chiens libres ».

Ainsi, emmuré dans un mutisme relatif, les premiers rapports se mettent en place. Très rapidement les rapports à la lecture. Il faut bien combler le silence avec des mots. Ce fut ceux des autres. Bien sûr les autres. Ceux des romans d'aventures. Des aventures de personnages qui renouent d'avec la nature, même à l'époque où elle était encore relativement prégnante. Qui renouent d'avec leur nature. Quitte à être parfois dans l'emphase. Les aventuriers sont séduisants. Ils invoquent le fantasme de l'enfant. Ils matérialisent à la fois son imaginaire et son impuissance. Pli pris, ça va vite ensuite, tourner les pages, puis d'autres, toujours de nouvelles péripéties, des dizaines dans la semaine, des semaines dans le mois, autant de mots dans le moi.

Le rapport au temps change aussi. Sur quelques heures partir quelques mois en forêt. Le temps s'écoule vite, il s'arrête. Contradiction. Dès que la page s'ouvre, le temps semble s'arrêter, passer très vite, le temps alloué est toujours trop court : savoir la suite, s'emplir des actions, des verbes, des idées, des mots. Ne pas voir le temps passer. D'ailleurs, c'est aussi à cette époque que cela a commencé. Les montres au poignet s'arrêtaient toutes. De marque, de pacotille, bracelet ou gousset, aucune ne voulait m'étreindre de ses bras. Marquer le tempo de mon chemin. Comme si déjà des éléments extérieurs me plaçaient en dehors. Alors on trouve d'autres étalons : l'école, les devoirs, la lecture, le repas, la lecture, la lecture. C'est à cette époque que cela a commencé. On apprend l'heure en même temps qu'on prend la raison.

Dans une construction, élever les murs avec des mesures biaisées amène à habiter ensuite entre des murs bancals. C'était un peu ça. J'habitais un monde parallèle, intemporel. Les jeux d'enfants étaient immatériels, et les jeux des enfants ne m'incluaient pas. On s'habitue. Puis c'est difficile de faire entrer l'autre dans sa tête, pour venir y voir tous les pas conquis, les étendues parcourus, les connaissances établies... Ces trésors-là ne se racontent jamais aussi bien qu'ils se lisent, surtout quand on ne les a pas vécus. A force de marcher à côté, en arrière, de travers, quand on relève la tête, on se voit transpercé de néant. A se demander si l'on existe vraiment, tout compte fait. Je reprenais inconsciemment les rapports établis, pour les feuilleter. Ça a été vite, très vite. Un seul résultat positif : le rapport aux mots. Aux mots écrits. Je ne savais pas m'exprimer. Les mots, quand on lit, ce sont les yeux qui les utilisent. On n'a pas besoin de voix. Je n'avais pas de voix. La maison n'a rien favorisé. Elle ne possédait que des mots ménagers. L'angoisse s'est installée graduellement, le plic-ploc des ruissellements d'après l'orage dans les flaques déjà pleines. Il a fallu un moyen de s'assurer de sa propre existence dans le monde, de son existence en dehors du cercle familial. Quelque chose qui me dise « je suis », en dehors d'une carte de bibliothèque. C'est comme ça que ça a commencé. Je me suis placé comme thème. Histoire de voir si j'avais bien une histoire à moi.

C'est comme ça que ça s'est fini. Et rapidement. Entre le strict de l'éducation et la morale judéo-chrétienne, vivre des aventures, c'était plutôt honteux. Puis qu'a à raconter un ado pré-pubère qui passe son temps à lire. Les longues promenades ? Les semi-fugues ? Elles sont fréquentes, courantes comme des rhumes sur les trottoirs devant les portes de l'hiver. C'est fou ce qu'on peut vite s'ennuyer de soi-même. Il fallait autre chose. Et des matières, il y en avait plein, cent, mille, cent mille entreposées dans le souvenir des reliures. Je m'en serais battu avec, m'en suis débattu, des phrases trop longues pour mes bras maigres. Des cahiers trop grands pour mes lignes tordues. Encore.

Avec le temps ça passe, mais les thèmes déboulent d'eux-mêmes livrés avec un paquet d'hormones. Sur l'étiquette, il a fallu déchiffrer : « Démerde-toi avec ça ! ». Et déchiffrer encore. On peut même dire que ça se déroulait tout seul. C'est facile, en fin de compte. Quelle idée d'envoyer le tout enroulé dans des kilomètres de paquet cadeaux, pour à la fin constater que l'adolescence, finalement, ce n'était que cela. Une sorte de film grandeur nature, en plein monde réel. Mais la conscience qu'on y brandit en exergue en moins. Ce fut facile en fin de compte. Quand on n'a pas de voix, tout ce qu'on ne dit pas, on l'écrit. Sur autant de feuilles qu'en entourait ce fichu paquet. Ça ne veut pas dire pour autant que c'était bon. Et le cadeau sympa.

Au contraire. Immergé de ces auteurs dont on nous ouvre la porte tout en nous martelant de rester assis. J'entends encore « Ah Rimbaud ! Ah Baudelaire ! Ah Cendrars ! Ce sont des classiques ! Qu'est-ce qu'ils étaient modernes ! ». D'aimer trop les livres, on se retrouve à apprendre à les décortiquer, carapaces, coquilles, pattes, éléments visqueux et non identifiés. On apprend à poser un nom sur chacune des choses, des tournures de phrases, des groupes de mots, des jeux et de leurs règles. Bref, on en bouffe jusqu'à plus soif, en oubliant de livrer le vin blanc et le citron qui en donnent la magie. Ravise, mais touche pas ! Puis quand ça commence, quand on rentre dedans, quand on se spécialise, ça s'aggrave encore. Sans fenêtre de sortie. On devient biologiste des mots, sans avoir aucune appétence scientifique.

Et il y avait pire. Se rendre compte à fréquenter la maîtrise qu'on n'est même pas capable de jongler avec deux balles. Que cela ne se résumait pas à passer très vite l'une de ses balles dans l'autre main pendant que l'autre défiait l’apesanteur. Mais bien qu'il fallait envoyer les deux en l'air. Accepter de risquer, ne plus avoir la maîtrise pleine et continue. Lancer pour se lancer. Une sorte de contrôle à distance, mais sans manette. Alors j'ai coupé court. En plus de m'avoir donné la nausée de l'écriture, l'université m'avait dégoûté de la lecture.

En constatant avec quelle véhémence l'on tentait de m'enfiler de force dans le gosier des thèses contradictoires sur les mêmes auteurs, à se suspendre à bout de voix à nos oreilles pour légitimer des années de recherches, je n'avais pas envie d'épiler chaque livre que j'allais lire pour connaître la véritable couleur des poils de son auteur. Je n'avais plus envie. Les bras m'ont servi alors à d'autres choses, et j'ai commencé à parler. A apprendre à parler. De ce fait, j'ai rencontré. Et je l'ai rencontrée. Elle m'apprit de nouveaux rapports. On s'en apprit de nouveaux. Mutuellement.

A partir de là, il n'était plus nécessaire de me prouver une quelconque palpabilité. J'étais. A ses yeux. C'est tout ce qui importait. Elle me parlait, me touchait, me caressait. Elle m'écoutait, aussi. J'étais. C'est bien plus que je n'avais jamais eu. Dès lors, plus besoin d'évasion. Plus besoin de trouver une porte de secours pour les mots. Par les mots. Plus besoin de point de fuite.

On a mis le temps, mais on a construit. Pas à pas, brique par brique, on a entassé de quoi regarder un passé commun, une vraie vie, qu'on peut toucher, manipuler, retourner. Avec un quotidien pour pouvoir me repérer. Je n'ai jamais réussi à guérir les montres, et les horloges restent assez loin de moi, hors de portée. De l'abus aussi. On continue d'entasser, de vider aussi. Il faut bien de la place. Surtout lorsqu'on s'agrandit dans un espace qui lui n'accroît pas. Les cahiers me semblent petits aujourd'hui. Je ne les ai pas jetés. Ils permettent de constater que j'ai bien été enfant. C'était réel. Ils me donnent le sourire. Bleu de mer, et jaune nicotine aussi parfois.

C'est lorsque je me pensais à l'abri, ou plutôt lorsque je n'y pensais plus, que c'est revenu. Des mots. Des tas. Des bennes. Avec des tiges en métal sur lesquelles je me suis accroché, égratigné, empalé parfois. Pourtant, je cause beaucoup. Enfin, je croyais. Des mots de travail, des mots travaillés. Des mots passés sous les pinceaux de la pédagogie. Des mots creux de relationnel. Des mots d'ornement. Mais plus de mots pleins, de mots sensés. De mots censés remplir plus que des ondes dans l'air et des têtes qui n'attendent qu'à s'en vider.

Ils passaient tous au tamis, se dirigeaient dans les bonnes nasses, venaient se fixer seuls sur les lignes. Ils choisissaient leurs casiers. Se calibrer. Dans les gravats, quand la livraison s'est produite, il n'y avait qu'à plonger la main, pour que le sable se calibre seul selon la couleur et la taille des grains. Alors je leur ai obéi. Certains tris semblèrent se tenir, d'autres s'aplatir d'eux-mêmes. Ce qui se révéla certain, c'est que les thèmes s'imposaient d'un seul mouvement de pelle. Ils se présentaient, distincts, avec quelques cellules qui se tenaient par la main. Quelques cellules qui n'attendaient que de se multiplier, prendre forme, devenir.

Cela a aussi durait un temps. Le temps de déblayer le tas, faire place nette. Et quand je regarde ce que j'ai pu construire avec ces quelques cailloux, je ne peux que constater que les seuls qui se tiennent encore un peu debout, les seuls qui peuvent abriter un peu de mon silence sont ceux qui se sont assemblés d'eux-mêmes, sans plan, sans retouche ni enduit. C'est lorsque le thème s'impose de lui-même que les mots s'ordonnent de façon relativement viable. Vivable. Que leur lecture les révèle certes tordus, mais se tenant, solidaires. Solidaires de moi. Qu'ils sont moi même s'ils ne m'appartiennent plus. Même si je les ai mis à distance. J'ai bien essayé. J'essaie bien, de partir de rien, de peu. Et les mots sont gentils. Ils se placent, selon ce que le mortier de l'encre leur demande. Mais ils n'ont jamais la contenance de ceux qui se bousculent au portillon avec leur propre idée en tête.

Alors aujourd’hui, j'écoute. Plus encore qu'hier. Je n'essaie plus de parler. Plus vraiment. Mais j'attends et j'écoute. Les petits pas des mots qui arrivent, s'ils le veulent. Pour pouvoir en tracer leur chemin en moi. Et tracer un peu mieux le mien. Peu importe maintenant s'il va de travers.



Cédric Bernard
  
   

Les mots savent

Partage d'écriture n° 3, nouvelle 1

Thème : "Il est vain d'écrire sur des thèmes choisis. Nous devons attendre d'avoir allumé une flamme dans notre esprit. Il doit y avoir une force reproductrice et génératrice de l'amour derrière chacun de nos efforts pour réussir. La décision froide ne donne naissance, n'aboutit à rien. C'est le thème qui me cherche, et pas le contraire. La relation du poète à son thème est une relation amoureuse."
H. D. Thoreau, La moelle de la vie, 500 aphorismes.

  Écrire révèle des surprises, toujours. Sort toujours quelque chose d'autre qu'escompté. Des chemins qui se croisent, des fils entremêlés qui nous imposent de suivre des directions improbables, de riches démêlages. Être là, ouvert, prêt à emprunter ces chemins souterrains, aux aguets, c'est ça écrire pour moi.
Il y a deux ans environ, je propose à un ami d'écrire sur une drôle d'idée : des chiens qui traversent aux cloutés, qui prennent le bus... Une semaine pour cela. Et ce qui sort est tout autre, loin du récit de science fiction que j'imaginais...

Chienne d'enfer


Je ne pouvais pas me sortir cette chienne de la tête ! Ça faisait deux ans que je lui tournais autour sans résultats. Je finis par détester ce que je prenais pour des encouragements et qui se terminait toujours aussi platement. Alors je comblais, je m'occupais, je courais, quinze à trente kilomètres par jour, pur défouloir ! J'appris à connaître toutes les rues, impasses, propriétés, parkings et escaliers de mon quartier, de mon territoire. Plus personne ne s'étonnait de me voir détaler à perdre haleine dans toutes les directions, sous tous les cieux, pluie, vent, le poil tout hérissé... Je n'empruntais plus le bus, lassée de l'attente et certaine d'arriver avant lui à destination.

A la place, cette histoire d'amour entre deux chiennes, sans préciser qu'elles le sont, des chiennes. Des indices partout mais rien qui pourrait entièrement les distinguer des êtres humains.
Je voulais écrire sur les chiens depuis mon adolescence, j'étais convaincu qu'ils sauraient très bientôt faire leurs courses, prendre les transports en commun, avec des cartes qu'ils porteraient au cou, un porte-monnaie attaché à leurs flancs. Ils savaient déjà attendre avant de traverser, jeter un œil à droite et à gauche, traverser perpendiculairement à la route. Des années plus tard, le clip de Daft Punk montrait des hommes à tête de chien monter dans un bus. Mes théories s'en voyaient validées...

La première fois que je l'ai vue, c'était à une soirée d'une amie commune, Sophia, qui fêtait ses six ans. J'avais été directement hypnotisée par elle. J'appris très vite son prénom à force de questions enflammées à mon hôtesse : Chanel. Elle arborait un collier de cuir noir à pointes qui lui donnait un air provocateur et désuet à la fois. Ce n'était pas une soirée entre lesbiennes ni sm, loin de là, elle affirmait juste sa personnalité, comme si le jeu social ne la touchait pas, comme si tous les regards fixés sur elle ne l'effeuillaient pas. Elle ne m'avait pas considérée, elle m'avait juste mise dans le même panier que les autres. Une telle indifférence forçait le respect.

Et puis l'écrit m'a porté ailleurs, je n'avais pas envie de SF, j'en suis incapable aujourd'hui encore. J'ai inventé ces deux chiennes qui se tournent autour. Je ne voulais pas de deux mâles, cette image d'Epinal des deux mâles qui se montent dessus... J'avais envie de parler de relations homosexuelles de deux chiennes, pour bien montrer que tout est possible sexuellement, que les deux mâles ne se trompaient pas par ignorance et réflexe...
Et c'est là que m'est revenu cette vieille histoire qui n'a pourtant aucun rapport avec l'homosexualité ni avec les chiens, cette jeune femme à la faculté qui explique à l'assemblée d'étudiants qu'elle rêve de se faire enlever, séquestrer par un inconnu...

Il m'en fallut peu pour passer ensuite au sentiment amoureux... Ça a dû naître la deuxième fois que je l'ai croisée, à une pause déjeuner. Le hasard nous avait réunies autour d'une table d'un café dans le campus universitaire que je fréquentais déjà si peu à l'époque. J'avais eu une folle envie de la mordre. Elle était parfaite, j'étais si plate. Elle avait lancé à la cantonade qu'elle espérait romantiquement que quelqu'un l'enlève, comme un terroriste, un violeur, un kidnappeur, un homme, une brute, un chien. Son désir m'avait figée, j'étais blanche, impassible de l'extérieur, toute retournée à l'intérieur. Que n'étais-je pas un mâle, un voyou, un monstre pour la soustraire à son monde, la murer, profiter d'elle, sans aucune idée ridicule et basse de rançon. Je voyais ça, tout ça quand elle développait ses fantasmes de petite chienne bourgeoise. Elle n'avait pas évoqué la possibilité que ce fût une femelle qui aurait pu la malmener, non, juste des petits roquets, vulgaires, creux, la queue en avant ! Mon sexe se dilatait à son écoute effarée. Et puis la conversation a tourné, comme si ce qu'elle avait dit était banal, comme si elle ne l'avait jamais dit. Quelqu'un d'autre parla du temps, de la politique peut-être. C'était comme si j'étais la seule à l'avoir entendue. Le mouillé de ma culotte griffée « je suis un ange » devait également être inventé, sans rapport, un coup de chaud sûrement passager, sans réelle cause érotique.

J'étais le seul jeune homme parmi les étudiantes. Je me voyais bien réaliser son rêve, l'enlever, abuser d'elle. Comment cette vieille anecdote était-elle apparue dans ce récit des deux chiennes ? Je n'en sais rien, l'écrit guide. J'ai tout transposé, comme malgré moi, sans moi, la jeune fille devenait une chienne et moi l'autre, amoureuse d'elle.

Je ne saisis pas ma chance, je me contentais de la regarder avec des yeux plus gros et cons que moi. J'essayais de devenir son amie, bêtement. J'étais plus coincée qu'elle, ma bonne famille avec ses mœurs rétrogrades et étriquées prenait le dessus. Et très vite, elle m'accepta comme sa confidente. Très vite elle déchargea sur moi ses histoires de coucheries, ses mâles en rut... Moins je le supportais et plus elle se lâchait. Ma gueule devait lui inspirer confiance, je devais bien malgré moi présenter l'oreille attentive qu'il lui fallait.
Pourtant elle était trop maigre, sa face trop satisfaite, relevée. Mais je n'étais plus juge, juste apte à suivre, à l'écouter déblatérer ses conquêtes et ses chaleurs. Je ne parvenais pas à la provoquer, la surprendre.
Presque deux ans pour prendre du recul. J'avais fini par me faire excuser, éviter des soirées, pour ne plus avoir à souffrir ses petits jeux. Dans un grand moment de solitude, je me suis même fait retoiletter. Dans le quartier, je tombais dans une sorte d'anonymat.

La suite du récit semble pure invention tant que je n'ai pas réussi à dénouer ce qui sous-tend ces mots. Cette chienne ou moi – qui tombe dans un anonymat, qui refuse cet amour, vit recluse, invention, je n'ai pas traduit d'expérience identique, pas intimement.
La suite du texte est ce viol par deux chiens en pleine nuit dans un terrain vague, il a surgi sans que je puisse guider quoi que ce soit là encore.

Un soir, pour ne pas avoir eu le courage de la croiser, j'étais partie plus longtemps que d'habitude. J'ai enchaîné les kilomètres sans penser au retour. J'avais franchi toutes mes aires, je n'étais plus chez moi, sur mon territoire. Je trottinais puis marchais, sans repères. Assoiffée, j'étais en quête d'eau et prête à lécher n'importe quelle flaque pour apaiser mon gosier. Et c'est dans un terrain vague que je trouvai un vieux bidon abandonné. Relâchant ma garde, je ne flairai pas fondre sur moi deux bouledogues, qui m'envisagèrent sans aucune retenue. Je résistai quelque peu, de toute façon condamnée. Et ils s'acharnèrent sur mon arrière-train, comme deux fauves. J'avais cessé de les mordre dans le cou, ça ne changeait rien.
Après leur forfait, ils repartirent sans se retourner, trottant légèrement de travers, les testicules probablement mal redescendues. Je remontai mon jogging et me traînai jusqu'à un arrêt de bus, complètement perdue. Je ne ressentais même pas l'attente, le froid, rien. Il arriva, j'ignorais tout de sa destination, mais montai et pointai de ma gueule le ticket en direction du chauffeur. Celui-ci n'eut aucune attention en retour et je m'installai. Je jetai un œil, quelques hommes éreintés dodelinaient de la tête, après leur journée de travail, les uns, le visage bleuté devant leur portable, et d'autres, remplissant des cases de jeux sur leur journal. Je ne crois pas qu'ils m'aient même entrevue. J'étais incapable de mener une seule pensée à son terme, mais étrangement me remontaient sourdement les luttes que nous avions menées pour pouvoir vivre respectés dans cette société, pouvoir circuler librement sans n'être plus taxés de divagation, emprunter les transports en commun, s'attabler à une terrasse...

J'avais déjà écrit sur le viol, dix ans plus tôt, un jeune homme dans une soirée avait abusé de mon personnage narrateur, sorte de double bien entendu. Après l'acte, il s'était retrouvé seul chez lui, reclus, et pendant quelques secondes, il s'était surpris à léviter. J'avais rédigé cette nouvelle, Yuichi ou la lévitation du pantin famélique, pour un concours d'écriture que je n'emportais pas. J'avais été fortement inspiré par la lecture des Amours interdites de Mishima, fasciné par son style et par ce que je prenais alors pour de la perversité. J'ignorais déjà à l'époque pourquoi j'avais eu envie de décrire un viol. Ce n'est qu'aujourd'hui que je commence à comprendre mes motivations, après plusieurs secrets familiaux enfin percés. Tout semble pouvoir s'éclaircir a posteriori, à la fois mes envies d'écriture et ma vie sentimentale, mes rencontres, désirs, peurs... D'entrevoir tout cela est vertigineux, mieux vaut continuer à se perdre dans la vie et l'écriture...

Au détour d'une avenue, je reconnus un des quartiers jouxtant le mien et descendis au dernier moment. Je savais qu'il ne me restait que huit cents mètres avant de rejoindre mon réduit. La lune, en croissant très fin et arqué comme un crabe, perçait de temps en temps les nuages comme endormis. Je boitais péniblement jusqu'à chez moi. Rentrée, j'étais incapable de jeter mes habits et de me lessiver au vinaigre blanc, comme je l'avais projeté dans le bus, et me pelotonnai sur le tapis jusqu'au matin.
Vers onze heures, Chanel me réveilla, elle était passée pour me surprendre, elle qui d'ordinaire, ne venait jamais à l'improviste. Elle ne comprit même pas mon trouble, ne lut évidemment pas sur ma couenne écorcée, outragée, le dégoût de moi-même. Elle se gava de mes croquettes de céréales en m'abreuvant de ses sempiternelles réparties sur sa vie, plus creuse que jamais. Mais non, je ne l'écoutais pas bien, je goûtais ce qui restait de l'éclat de la lune dans ce ciel aveuglant et ce flot de paroles. Je n'avais pas fait attention à sa jactance, quelque chose avait changé. Ses jappements différaient. Elle répéta donc son événement de la veille, consciente et vexée de mon inattention, qu'elle finit quand même par remarquer. Elle l'avait rencontré au club, non, celui-ci était différent des autres, c'était un homme, pas un de ces caniches sans classe qui vous collent à la jambe, non, loin de là... Je tiquais ; c'est qu'elle ne se lança pas dans le récit de leurs frasques, elle tremblait des pattes à la gueule, frétillait sur place, répétant extatiquement son prénom « Roger Roger... ».

Je ne sais rien en fait. Pourquoi écrire ? Quelque chose me mène, la main traduit ce qu'elle peut. Les obsessions percent toujours, modèlent le squelette de mes intrigues impérieuses.

La dernière fois que je l'ai vue, c'était devant le toiletteur, elle en sortait, fraîchement nouillée, brushinguée à mort, corsetée dans un manteau robe rouge vif. Le présumé Roger lui avait passé une laisse noire strass du dernier cri, pinçant si joliment son fameux collier à pointes. Elle lui faisait fête, sautant sur ses pattes arrières chaussées de bottines dorées, dans l'espoir de lui lécher la main. Elle ne me remarqua pas, stoppée nette dans ma course. Il la chargea dans le coffre grillagé de sa voiture de course et démarra puissamment. Je la regardais s'éloigner, les pattes antérieures posées sur les croisillons, pleurnichant après son maître, et je repris mon slalom quotidien entre les crottes disséminées de mes congénères, finalement débarrassée d'elle.


Quand au contraire tout un roman s'écrit dans ma tête, quand tout semble en place, je bloque, je traîne, freine devant l'obstacle. Je ne peux suivre cette ligne, répondre à cette commande. Les mots savent. Et il nous faut attendre le signal.


mercredi 10 octobre 2012

Partage d'écriture 2 : nouvelle 3 : Des sorts de vie



     De comment ils étaient rentrés dans la vie l'un de l'autre, de comment l'accident avait fait rencontrer les routes de l'un et l'autre, il n'y avait plus que des souvenirs de souvenirs. De traces tangibles, que dans les regards silencieux et plissés tournés vers le passé. Ils n'ont jamais raconté ce qu'ils s'étaient raconté, lorsqu'ils se sont rencontrés. Comme si même le bon ne l'était pas. Il n'y avait eu pour eux pas plus de destinée que de destination commune vers la vieillesse.

     Oui, il n'y avait plus que des souvenirs de souvenirs. Ceux des rires et de l'insouciance soucieuse des années soixante-dix. Des soirées entre amis, et plus encore, des sorties en famille. C'est-à-dire qu'il était tombé sur une fille de la campagne, où le patriarche régnait en maître. Où lorsqu'on partait en escapade, c'était une expédition. Et toute la marmaille, les aînées et leurs promis, les cadets et leurs cols ronds et culottes courtes, dans les camionnettes au bruit de tôle qui résonnait aussi fort que les gorges déployées et le cliquetis des bouteilles. C'était l'époque où on ne fumait pas, une cigarette à la main. C'était l'époque où même le vieux portait des pattes d'éph, mais où ils n'étaient pas bitniks.

     Des traces, il ne restait que des goûts d'amertume, des rancœurs mal formulées, un Beretta obscur dans une valise cartonnée, quelques photos jaunies emportées. Mais rien de bien palpable ailleurs que dans ces yeux qui ne veulent plus regarder, mais regardent encore.



     Alors ils ont fait ce que tout à chacun dans ce milieu-là fait. Ils se sont mariés. Ils ont fait des dîners de famille, avec toute la famille, le dimanche. Après qu'elle eut suivi la messe. Ils ont fait des enfants, raisonnablement. Parce qu'on part en vacances une fois par an, en juillet, comme tout le monde, à la mer, comme tout le monde. C'était bien ancré, les congés payés. Parce qu'il y a les factures, et qu'on est qu'employé.

     Mais on n'a pas pris de chien. C'est du travail. Puis c'est un petit jardin. C'est du travail. Bref, ils se sont mariés. Ils se sont marrés. Un temps. Après, trop vite, on s'écarte. Pourquoi ? S'ils le savaient... Peut-être parce que dans ce monde-là, on compte. Les heures, les repas invités, les repas à inviter, les dépenses du mois, celles du prochain, qui s'est occupé des gosses. Mais pas les bouteilles. Puis ni les pardons.

     Et puis d'abord, il lui demandait pardon, à elle, au début. Ça s'est arrangé comme ça un moment. Tant que les gosses étaient petits. Trop petits pour voir, mais pas pour entendre. Mais ça grandit vite, ces bêtes-là. Et puis ensuite, il lui demanda pardon, à lui, l'aîné. Lui qui fût assez grand pour entendre, puis pour voir aussi. Dans ce monde-là, on compte. Mais pas les coups à boire, ni les pardons derrière.



     Et ça commence à ressembler à ça : quand ils partaient le matin, chacun rentrait dans sa vie sans l'autre. L'un qui commençait tôt, très tôt, et qui revenait quand la main était redevenue sûre, assez sûre. Quoique, il y a des tôles froissées qui ne seraient pas d'accord. Et l'autre qui commençait plus tard, quoique. La nourrice, puis la garderie, le travail, le ramassage, le repas, la maison. Mais c'était normal, elle commençait tard. Puis c'est pas le mâle qui touchait à ça. Lui, il touchait au social, à l'utile. Lui, il bossait dur. Il était reconnu, estimé, par les gens. Il comptait pas les heures, ni les coups. Et quand elle rentrait le soir, elle devait rentrer dans leur vie, de famille, dans sa vie à lui, même si lui n'y était pas encore rentré totalement, gêné par quelques vapeurs. Ça c'est arrangé comme ça un moment.



     Mais ça grandit vite, ces bêtes-là, et les rancœurs. Et tout ce qu'on compte. Et l'aîné de savoir compter aussi. De compter en silence. Les bruits dans la nuit. Le convecteur qui se met en route, dans la chambre d'à côté, la respiration, les voix de la télévision dans le salon, les voix des parents que la télévision ne couvrait pas.

     De compter à voix haute. Pendant les repas, les insultes, les repas qui défiaient l'apesanteur jusqu'à la poubelle, les couverts qui jouent la concurrence, mais pas vers la poubelle, souvent. Jusqu'au moment de demander des comptes. Et alors ça ressembla à ça : la vie qu'on montre à travers les mots beaux comme la façade repeinte, la voiture qu'on venait de changer, les prochaines vacances au club mutualiste à la mer ; et la vie que chacun menait de façon parallèle, presque sans se croiser. C'est facile, quand l'un se lève tôt, l'autre rentre plus tard. Ne restait presque que les repas. Parce que les repas, ça se prenait en famille.



     L'aîné n'oubliait pas de compter, et il le faisait savoir. D'abord les pardons, au moment du coucher, puis très vite, les mots échangés. A la mère, puis avec lui. Enfin les coups dans la gueule. Pas à la mère, on ne frappe pas une femme. Mais on ne manque pas de respect à son père, bordel de merde. Jusqu'au jour où elle prit son courage à deux mains, après l'avoir mis dans son plat. L'aîné venait d'esquiver un couteau ailé, et de claquer la porte. Elle claqua son poing sur la table, et lui laissa une semaine.

     Ça s'est fait sans presque mots. Des mots de convenance, des mots de partage. De partage des biens. A travers des courriers d'avocats, jusqu'au jugement. Bien sûr, les enfants resteraient avec leur mère.



     De comment ils étaient sortis de la vie l'un de l'autre, il reste un acte de divorce, comme le dernier mot attestant qu'ils eurent un jour une relation. Et deux enfants, qui eux n'en touchent plus un.


 Cédric Bernard


Librement inspiré des phrases : "Comment pouvait-on disparaître aussi facilement de la vie de quelqu'un ? Peut-être avec la même facilité, en définitive, qu'on y entrait. Un hasard, des mots échangés et c'est le début d'une relation. Un hasard, des mots échangés, et c'est la fin de cette même relation. Avant, néant. Après, le vide." d'Antoine Laurain, Le Chapeau de Mitterrand.