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vendredi 29 janvier 2016

Page blanche - premier signe




ce n'est pas comme si j'écrivais une page blanche
ce n'est pas comme si j'écrivais en blanc
c'est que parfois je doute qu'écrire
c'est que parfois je doute écrire
comme si je doute qu'écrire même blanche
comme si je doute même le blanc sans doute
même écrire le doute ce n'est pas comme si
mais on pourrait imaginer comme plier un réel
mais on pourrait imaginer comme replier un réel
mais on imaginerait ployer un réel sur la tranche
si écrire était comme retrancher le réel
dirait-on alors servez-en moi une tranche ?


protoforme en développement, 
on vous en dira plus 


lundi 25 janvier 2016

La cuvette n'est pas si nette



 
une page blanche une cuvette
dans laquelle pisser les mots
quelques symptômes de sangs
dus tantôt à quelques caillots
agglomérés de l'expression
qui ne se veut ni filer ni fluer
c'est que ça paraîtrait si naturel
pisser c'est ça mais ça ne fait
que paraître de l'être



 

jeudi 21 janvier 2016

Prendre c'est donner



 
Aussi dur de faire la peau du poème
que de lui donner chair
puis à peine ou relativement achevé
on vient le perdre l'air de rien ci ou là
heureusement il y a très rarement
quelconque témoin pour en rapporter



 

mercredi 20 janvier 2016

Comme une femme-enfant

 


l'aurais-je donc inventé s'en décalant l'écriture donne un corps à un autre corps. le mot est au presque début et à la presque fin forme le corps et meut la forme. le mot ce texte un ensemble d'entre-deux. pourtant le corps ce corps est n'étant pas. il n'y a que deux états de l'écriture : le présent et la présence de l'absence.



 

mercredi 7 octobre 2015

Des chinoiseries




Je pensais qu'écrire
était comme laisser
de dedans
une trace même
quelconque même
qui s'estompe
une trace quoi
c'est enfin plutôt
animer le papier ciré
d'une lanterne volante
qui bien vite s'efface
des mains du regard



 avez-vous déjà essayer
d'écrire sur de la cire ?



 

mardi 7 octobre 2014

De la question du sens



 
faut-il mal dormir pour écrire ?
cette question n'a de sens
qu'elle trouve issue le jour
cette question issue de la nuit
perd sens au petit jour
retourner la question
ou retourner se coucher ?



 

lundi 26 mai 2014

Le papier-peau des doigts



      Ce matin j'ai ressorti l'imper noir. C'est qu'ici il pisse comme il cogne, sans prévenir. J'en ai vidé la poche intérieure avant de partir bosser, de ces papiers suffisamment importuns pour qu'on les oublie toute une année, sans regarder plus. En rentrant, réordonnant la maison, je retombais sur ces petits papiers pliés que je me détaillait, au cas où. L'un deux, coïncidence, édictait le mois de mai de l'an passé, son lot de baptêmes, quelques sorties et rendez-vous. Suffisamment pour avoir eu besoin de les reporter sur un bourgeon de mémoire externe. Un autre renfermait sur lui-même une ébauche de liste de course. Des légumes dont les épluchures ont déjà nourri d'autres épluchures déjà perdues. Le troisième papier comportait au dos quelques mesures gribouillées à la hâte, et un degré se franchit encore lorsque dépliant je lus le slogan naïf « regard tourné vers le large » de l'étiquette. En fond se dessinaient chanvre et bleu deux nœuds en huit desserrés. Entre ces attaches tomba sur la table un étui de coques vides et fripées de paracétamol. L'angle se fit aigu.


      J'avais toujours des maux de tête, même s'ils étaient moins fréquents. Mais je ne dormais pas mieux, même si j'avais moins de relents. Sans crever, l'année défila à toute vitesse, et délia ce mot qui prit forme ce matin dans les yeux embués du jardin « conception de la vie ». Oui, les mots prennent forment tous seuls, sans qu'on ne leur demande quoi que ce soit. Ils viennent emmerder leur monde jusqu'à ce que je les reporte, déroule le fil pour les lier dans une ou quelques phrases avec leur idée. Souvent je les publie ensuite, et regarde, plus plus ou moins content. Et parfois un ou deux lecteurs le sont aussi, plus ou moins. Ceux-là résonnaient bateau, plutôt bidon de radeau. Ils résultaient certainement de la dérive du continent de la tronche (encore). Comme un rot du subconscient après avoir digéré, mais ingéré beaucoup d'air, de vent, dans les bronchioles et les synapses. Ils venaient cogner aux pare-battages des ritournelles internes des dernières semaines.


      C'était tellement con qu'il n'y avait pas besoin de les traduire, d'en tirer le fil, dérouler le cocon dans lequel il s'enfermait. « conception de la vie », tout tenait dedans. Une définition en soi par son sens littéral. Puis je me suis dit qu'un, ça ne pouvait sortir comme ça, et que deux ça sera encore mal pigé, comme plus du tiers de ce que je partage. D'un autre côté, une fois partagé, c'est départi, ça ne me concerne plus vraiment. Plutôt celui qui se regarde dedans. Et sur cet an j'ai souri en me confortant, à tord ou à raison, dans le fait que je m'y rapprochais. Malgré les insomnies dont je maîtrisais mieux les impacts et les trous dans le jour, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que c'était déjà pas mal, de s'y rapprocher. J'étais lucide quand au fait que finalement je ne concevais rien. Je ne faisais que digérer et recracher.


      J'ai repensé à Ju qui, préparant tête baissée un tournant dans la ligne droite de sa vie, avait évoqué la veille ce que nous avions en commun de nos relents, avec un certain soulagement qui ne délestait pourtant pas l'inquiétude du virage à venir. Ces mêmes dégueulis d'histoires banales qui ne le sont pas quand ils vous concernent, et qui nous avaient fait nous rencontrer. J'ai repensé dans le même laps de temps où elle parlait à Max qu'elle allait bientôt épouser, avec qui nous avions tenus les mêmes propos quelques jours plutôt. Cynique l'idée qu'ils voulaient tous deux se rassurer m'amusa, mais fut vite chassée par la certitude de leur certitude. Et celle-là je ne peux pas m'empêcher de la trouver belle, même s'il me restait des difficultés à y adhérer complètement. Le couple, oui, le mariage, c'était autre chose. Je songeais au mien, qu'il allait bientôt falloir orchestrer. Pour la forme, parce qu'au fond. J'y voyais une certaine vacuité, dans le sens où nous avions plus que souvent le double de vie commune que la plupart de nos connaissances du même âge, et que ce mot terrible me renvoyait irrémédiablement au premier modèle observé. Un modèle à la fois débile et indélébile dans sa tâche.


      Pensant ainsi aux rencontres j'en passais de manière très rapide aux autres personnages de ces dernières années. A ceux qui m'avaient mis le pied à l'étrier de l'écriture. Aux autres qui avaient claqués la croupe de canasson qui s'essoufflait à présent. À Catherine qui attendait une réponse qui ne venait pas, pour la publication d'un texte de son cru dans le pli de mes mains qui plissaient à reculons. Non pas que le texte ne me plût pas, mais comment se motiver quand on l'est pas pour son propre travail. J'y arriverais, car il faudra bien que je recrache. J'en vins à penser à ceux que l'écriture me fit croiser, souvent ce même genre de personnes qui m'avait mis un pied à l'étrier tout court, parfois sans le savoir, un pied au cul sur mon propre trou de balle à la con qui se prenait trop souvent pour un nombril. On a tous son héritage de lacunes... Je me suis dit une fois de plus que Vincent avait raison, et constatais ma marge de progression dans ce sens. Un sens qui tend les bras, pas un de ceux qui infléchissent ou pointent une direction. Ça pique moins la main, ça arrache moins la gueule, quand on tâtonne. L'angle se referme, et pourtant il n'est pas plat.


      On m'avait interrogé sur ce que je voulais faire, quelques jours auparavant. C'est que c'en était une, de ces périodes où l'on croise, à dessein, pour mieux s'intégrer, pour mieux s'interroger, aussi. J'avais déjà craché à la gueule du monde, de la politique, de la rurbanisation. J'avais trouvé ma propre réponse à l'engagement. C'était la même réponse qu'il y avait finalement à faire à la question de ce que j'étais, lorsque j'étais planté aux côtés d'écrivains, de poètes. Non, je ne suis pas poète. J'écris. C'est déjà bien assez. J'ÉCRIS, c'est déjà suffisant. Il n'y a pas d'étiquette supplémentaire à agrafer sur ma couenne de mammifère. Et quoi alors, ce qu'on voudra que ce soit... qui n'est à peine le propos. Ces derniers mois n'ont été que cela, toujours plus nettement, écrire une vie digérée, c'est-à-dire recrachée. Imbibée de l'urgence de la patience. Une menuiserie de mots transpirant leur cadre. Une restauration de l'ancien qui permette la circulation, la respiration. Tous les travaux engagés n'étaient en fin de compte qu'une restauration, une succession de décroissances luttant contre l'impératif de la consommation, du déplacement de l'homme en simple produit. L'on s'échauffe à n'être plus que des consommables qui se consument.


      Le seul « neuf » qui a passé la porte récemment sont ces livres, souvent signés, d'idées, de vie, de conception qui se refont, qui luttent à leur façon. Le tissu humain est comme ces carnets de papier, il comporte sur sa page blanche les ratures des pages précédentes. Le crayon bute parfois sur les sillons. Et contrairement à ces carnets qui s'entassent dans les angles des étagères, on signe sur des pages perpétuelles. On fait renaître, on renaît, on conçoit de la vie. En vrai ou en tête on s'équilibre sur du papier, on équilibre du papier se mettre debout une fragilité qui ne tient pas de place n'a pas de place à tenir, juste tenir. A naître. Comme le mur le meuble décapés grattés rabotés jointés polis patinés, matières mâchées et remâchées. Pas pour faire beau, pas pour orner, habiller rencogner s'en cogner faire style, il y a à dénuder les fils, désosser des crans pour y mettre les doigts savoir pourquoi les doigts savoir mettre à plat. Une matière réelle qui ne sonne pas creux, ne se décomposera pas à la première drache.


     A reconstruire, apporter comme peut si peu une certaine épaisseur au papier, en essayant à se dépiauter les doigts de ne pas y aller jusqu'à l'os. Il y a d'autres petits papiers dans la poche de l'imper, une autre liste d'autres courses, d'autres mesures d'autres bois, plus de paracétamol, la trace absente de quelques lignes à venir, et des nœuds qu'on ne sent qu'en roulant les doigts.



     

samedi 22 mars 2014

Du contemporain des nuits





Au fil des lectures
de toutes ces nuits
d'auteurs contemporains
au fil de toutes ces nuits
de lecture contemporaine
je suis frappé par cette
certaine solitude certaine
qui émane de ces écritures
et dans la nuit
je me console
en me disant que
je suis moi aussi
( au moins )
bien contemporain



 

vendredi 7 février 2014

En vrac



 
Notes d'hier pour aujourd'hui

Il voulait écrire
mais ne savait finalement
entre trop et trop peu
dans les phrases
il fit autre chose

Plus tard

Se rend compte
qu'il écrit mieux
quand il n'écrit pas
bricoler ou lire



titre de recueil en cours :
Petit Traité à l'Usage de Ceux qui
Veulent Réussir à Rater Correctement



De la cueillette : Des positions

- Certains vivent pour ou par le travail
il ne souhaitait pas être séparé de lui-même
par une préposition
il voulait simplement que le travail le fasse vivre -



Des phénomènes gazeux

le brouillard c'est pas les vaps
les lèvres et les yeux posés
sur un nuage de lait
le crayon est nyctalope
dans la brûlure



 

mercredi 29 janvier 2014

mardi 28 janvier 2014

De la circulation des échanges





écrire


/s'/occuper
˽
< antre >

rature
et
rognure

vivre
Ʌ
 les dents          l'ongle    



  

vendredi 24 janvier 2014

Des coeurs dans la tête



 
Je dors pas. A cette heure, quand ça va, quand tout va, ce serait le cas.
Je repense à ce qui me pourrit la vie. C'est inconditionnel, je n'y peux rien. Pas faire autrement.
C'est une récurrence, un trait. D'être entier. De n'être pas capable d'en faire la part des choses au point que ça m'accompagne jusqu'au pieu. D'être entier et intérieur. Alors je l'écris, parce que je ne le dis pas. En tout cas jamais entièrement. Ce n'est pas choses dont on parle, chez nous. Dans notre éducation. Ce ne sont toujours que des brides qui s'échappent. L'ensemble reste collé.
Alors j'écris.
Certainement que je prends les choses trop à cœur. A cœur dans le crâne. Toujours pensé être mal foutu. Peut-être pour ça que ça pousse, là-dedans. Là-haut. Que ça ne laisse que peu de place pour les choses belles. On dit bien que le bonheur est un état d'esprit. Mais la place est déjà prise par ce foutu cœur, qui pas à sa place n'est pas là pour accueillir ce qu'on lui donne.
La neurologue a dit que c'était dans ma tête, sans l'être, en fait. Que ce qui me pourrit le crâne vient de ce qui me pourrit la tête. Qu'i faut causer. J'lui ai pas dit que ça marchait pas. Que ça ne changeait rien. Que j'avais déjà parler, mais que ça ne vidait rien. Ça rajoute une couche sur le rudiment sédimentaire à avaler.
C'est une récurrence, un trait. D'être entier intérieurement. Ne pas savoir séparer. C'est maladif. Serai-je ainsi malade ? De ces maladies qui ne sont pas dans le corps. Parce qu'apparemment le corps, la matière, et même le gris va bien. Juste que j'en vois. Que j'en sens.
Qu'i m'pourrit dedans.
J'ai toujours admiré ceux qui traçaient droit. Qui semblent tracer droit. Qui n'ont pas ces questions. Ils tranchent dans le vif, et chlac ! ils passent à autres choses. A peine un regard en arrière. Pas d'états d'âme, à fond dans l'état d'esprit. Et l'bonheur. Sûr, je les admire, et je les envie aussi faut l'avouer.
Plutôt que de se sentir tordu dedans et dehors.
Ça veut pas dire qu'ils ressentent rien, au contraire. Sont là, ils ressentent, et même ils écrivent, et bien en plus. Parce que finalement je n'écris que des trucs tordus. Ce que je sépare du réel n'a que la forme du dedans. Tu parles d'une sublimation. Si il y a de la transcendance, en tout cas ça se tire, ça se carapate vers le haut sans moi.
Je me souviens de cette obsession pour le loup. C'est l'image que j'avais donné il y a quelques années à cette anti-motivation chronique. La belle image... Originale et tout. Fallait bien un coupable. Je l'avais même presque chérie, parce que je lui avais fait remontée la pente. A force de me bouffer j'avais fini par faire des parts.
Et je m'étais dit qu'il, ce loup à la con, était capable de me préserver, en quelque sorte, qu'il n'avait qu'à se retourner vers l'extérieur plutôt que de me bouffer les entrailles. J'ai jamais rien eu d'un Spartiate. Rien à branler du sacrifice. De la discipline. De la vie en collectivité. Du moment que ça m'permet de pas m'étouffer avec ce qui déborde.
Parce qu'il y en a. Au moins jusqu'à du deux-trois heures du mat'. Trop souvent. Et que ça m'rend con.
Ca résoudra rien, mais demain, j'en partagerai un peu. J'va causé de l'écrit. Donner du loup et fâcher des bonnes consciences, en espérant que ça soulage un peu la mienne.
Sans illusion, parce que je sais que c'est récurrent, un trait. Que c'en est maladif.
Mais j'en dirai pas le nom. Parce que suis pas sur d'avoir envie d'en mettre un. Parce qu'il faudra certainement en parler.
En attendant ne pas rien faire et verbiage. C'est récurrent labourer des pages avec des mots noirs et collants comme la terre d'ici. Labourer avec un soc oxydé.
Se retourner les ongles sur la réalité se ronger les sangs jusqu'à l'os, se ronger s'arranger s'en ranger pour s'adapter les doigts dans le secteur en révisant le contrat puis contractualiser et contracter se contracter pour un net social et le work avec.
S'adapter aux moules et s'y gaufrer, adapter les moules de la réalité, les relativiser relater relater re-latter, le plancher le seuil de tolérance jusqu'à s'en retourner les doigts recourbés, recourber vers l'intérieur, se pencher vers l'intérieur.
C'est aussi s'arc-bouter, se bander, mieux se dresser vers l'extérieur, se dresser en dehors.
Parce que je continue à marcher sur un fil entre deux pylônes électriques avec un caténaire en guise de cathéter. Je poser les pieds comme on pose la main sur un barbelé alimenté au courant alternatif. Ça picote sous mon cuir de bœuf et j'attends activement le hachoir pour me dégrossir.
De là-bas j'vois le vide qui déborde vers l'épicentre de mon nombril, prêt à tout emporter. De l'autre côté du fil le gouffre de soi. Et pour l'équilibre je tends les mains par dessus les deux qui effleure en continu-huant. Penche, penche pas. Marcher c'est se toucher sans pour autant se faire du bien. Touche touche pas. Éjaculation, jactation, psychose, psychotropes, tropes.
Touche infiniment
infini
fil.
L'intérieur est une réduction, quelque chose qui sauce au quotidien. L'assaisonnement est encore une question de doigté. Quelque chose de la pincée, quelque chose qui pince. Se pince.
Entre les dents d'abord,
entre de beaux bras,
et les draps.



 

vendredi 29 novembre 2013

Ni l'un ni l'autre



 
J'ai fait ma journée de 12 heures celle qui arrive pas très souvent qui arrive de temps en temps qui arrive régulièrement la journée repassait de son fer lancer saluer asseyez-vous programme affiché des mines grattées vous prendrez la séance ne pas enregistrer autrement que manuellement une seule main pour pouvoir causer attendre la parole venir claquer dans la paume rebondir dans la bouche pendant qu'ils se l'envoient dans la gueule suis resté un enfant

voulais les abandonner fichier effacé sur les lignes de ceux que je garde de côté trop fatigué à pouvoir les regarder au coucher le laps de feuilleter deux burroughs le chat a vu la lumière il tente les chiens se sont levés m'dire d'aller me recoucher mais les dents mordent si fort la tête la mâchoire et le crâne ne veux pas me redonner à la nuit qui n'veut pas dormir

puis un michaux nous deux encore m'est tombé j'en aurai presque brai c'était tout sur une feuille de papier compris pourquoi ma peau ne pouvait apparaître suis resté un enfant les mots n'ont pas plus corps que corps les uns hommes claquent du corps dans les mots les autres hommes font claquer les mots dans le corps je n'étais suis ni des uns ni des autres il n'y a jamais que ma gueule de claquée



 

mercredi 6 novembre 2013

Du développement personnel, ou la poésie comme une tartine de sucre



 
Il n'y avait aucune culture particulière à bêcher la poésie, ses terrains. Le premier goût fût poncif, fût court, de cours, institutionnel et baudelairien d'émoi. Un peu bas de laine encadré de casse-magie. L'exagération des exégèses. Un peu niais et nié. La poésie, la poésie hésite à dire. T'es bizarre dans ce rapport aux mots t'es bizarre dans ce rapport aux autres. A 17 ans quand tu rimbaudes tu minaudes mais n'empêche ça n'empêche. Et le cul se bascule et bouscule entre la culture scolaire et la bénédiction des maudits. Ils sont tous morts mais bien vivants dans la bouche et le goût. Le goût de creuser un peu comme peut, une arrière garde de Lagard et Michard aux tranches un peu moisies. Parce que parce que ça fait des choses des choses qui ne se disent pas. Puis t'éloignes tu t'éloignes encore à lire autres d'autres la peau hésite cales aux mains cale. Les terrains sont vastes. Avoue à 18 ans t'as autre chose à foutre. Puis on oublie on garde le souvenir, un souvenir comme le tout premier cendrier froid. C'est d'écrire réécrire, krill à crayon qui interroge. Quoi d'autres qui d'autres et comment qu'on écrit aujourd'hui ? C'est qu'il n'y a plus de poètes encore moins de poésie mais qu'il y en a. Ça démange alors on gratte. Et on en trouve, des cellules, unicellulaire, cellules unies, des peaux mortes, des vieilles peaux et du renouvellement. Le tri se fait laborieusement, on continue à gratter, puis on trouve des chemins, déroule des plis, lisse le tout et trouve un compte jamais rendu. Des bogues à pic en blog, des passages en revues sur des feuilles papier ou plasmique, des écueils au chaud entre deux couvertures, des livraisons d'ivres et d'instantanés statues sociales. On s'éduque des périodes par époque. Lire lyrique maudit beat dada existencialistiquement quasi dépendant de près ou de loin. Parallèlement l'activité nourricière en scène scénarisée sur écran led ou laid c'est selon, les nouvelles des copains sur écran même quand ils ne sont pas loin pas si loin. Enfin et surtout la vie la véritable, une fois et avant le reste passé. La vie comme le tamis et ce qui reste au dessus pour construire, en dessous l'allée des sorties. C'est pour cela que la poésie devrait être comme un tartine de sucre. Quelque chose de simplement compliqué, qui n'est ni si difficile ni si simple qu'il n'y paraît. Et le choix du pain, celui du beurre et celui du sucre. La manière de la préparer, la manger ou la donner à manger. Il y a beaucoup de temps passé à observer des lignes de code, à décoder, encoder, paramétrer, programmer, déprogrammer, se pasteuriser avec des rages en sus et les dents serrées à brosser. Lire écrire et partager la poésie, ce devrait être comme une tartine de sucre.



 

mardi 5 novembre 2013

Du développement personnel



 
La poésie, ça devrait être comme une tartine de sucre
Le développement ce qu'il faut de beurre
La suite, sensation personnelle



 

lundi 7 octobre 2013

Des vieux jean's

 

 
Elle a beau être grande et ourse, elle finit toujours par passer à la casserole du jour. Il a beau être grand et ours, le temps lui a aussi bouffé une partie du plat et de la résistance.
Il se pencha sur la source, remonta, cherchant où comment il avait sombré, remonta, suivit le cours jusqu'à la mer. Enfin tu crois, fuir à quoi cela a-t-il servi ? Il a récupéré le sommeil. Le psy à creuser le déséquilibre financier, au mieux, mettre à jour des évidences. Des fausses preuves, des décharges avec leur odeur. Les marées avaient tout effacé, mais n'efface rien. Il creusa pour chercher dessous les laisses, n'y trouva que la sienne. S'inclina alors sur son retour au rivage, les cloques dues aux rames, les poids qui entraînent, les plombs de flottaison, les hauts-fonds, le tirant contraire. C'est d'avancer. Se tira de l'eau, tira de l'eau de quoi s'éclairer s'éclaircir du trouble. Mais quand tu plonges ta main que se passe-t-il ? Il restait ces marques qui ne sont pas physiques. Il tira les restes de coque envasée sur le rebord, les enseignements s'ils en étaient. Pas même un radeau alors que les tentacules l'agrippent. Calfeutrer, calfeutrer, chauffer et sentir encore le goudron cette fois sans plumes. Enfin sécher décharné, redresser les barres. Ça, la gaule a mis un peu de temps à revenir. Vidé il a fait le vide encore, à remplir d'autres espaces, encore la rengaine. Du rien. Il a parcouru encore jusqu'à se laisser lui-même emplir. Du rien. Jusqu'à être reconnaissant d'avoir été recraché. Sur le dos d'autres pluies. Les toiles se délavent et ces images, de nouveaux grains, les mêmes, déplacés. Le ciel comme un vieux jean. Comme un vieux jean même si c'est lui qui t'enfile. La mer se retire et l'être finit lui aussi, tôt ou tard. Par se retirer. Il reste qu'il perpétuait ce défaut de retourner à ces lieux liés à ce qui le bouffe, comme l'on appuie pour tester si le mal y est encore. Il n'y a pas de crime ni de victime. Il en demeurait quelque chose de coupable. Avec de mauvais chefs et de mauvais mots. Quand t'es creux, ça résonne et ça résonne. Même sous l'eau les sons se propagent. Tout est différent. Se voudrait. Il se souvint encore de ces pages qu'il avait lu sur l’idolâtrie. Elle se pensait là attachée à une personne, un ouvrage. Des textes. Lui s'était alors effrayé. C'est donc ça. Puis comprit plus tard qu'il n'en était rien. Ce qu'il idolâtrait, c'était le mot en lui-même. Comme l'on pèse consciencieusement le poids de chaque chose, séparément ou dans la perspective de transformer ces éléments en quelque chose de tout nouveau. Il aimait le mot pour ce qu'il était, et ce qu'il devenait aligné auprès d'autres. Le mélange d'essence. Néanmoins, il s'aperçut aussi que cela ne convenait pas. Ne pouvait pas convenir. On ne peut pas transcrire des images, une photographie d'instants. Quelque chose se perd de l'instantané. Qui laisse seulement une tannée. Mais les instants sont passés, et la linéarité de l'écriture ne permettait pas de fixer les polychromes de sa pensée rétinienne. Ce n'était que des miroirs qui s'allongent. Tu délites mon gars ! Mis en abîme, chacun de ces miroirs balançait une part de reflet. Les mots se pèsent, mais gauche il n'est véritablement capable de s'attarder assez précisément, précieusement sur chacun.
La mer se retire et le jour bouffe la grande ourse inlassablement. Tandis que le miroir s'est complété, complètement assemblé, ajusté de quelques coups de poing, il attend une lumière. Alors que lui n'est plus capable de la regarder. Lui sait déjà qu'il ne pourra s'y regarder. Rien de ce qui était lorsqu'il a commencé n'est plus. Les empreintes extérieures auront déjà changé, bien moins qu'à l'intérieur. Doigts plus fins plus longs plus plissés plus pliés. Que ce n'est pas si grave. La déformation. Se tourner vers elle, c'est vouloir se regarder. C'est remâcher. C'est dégueulasse. Encore une chose qu'il ne veut plus partager avec l'autre. L'importance des choses réside aussi dans leur absence. Alors, il est là, mais s'absente, sans importance.


 

vendredi 27 septembre 2013

De l'urgence à



Ils sont trop
ils sont trop nombreux

à vouloir remplir

la mer vide
les mots c'est la mer

ils sont trop à vouloir remplir
tout n'importe quoi

des espaces des lignes des pages des cases des livrets colonnes mastiquées de geste d'air d'encre de merde

ils sont trop nombreux à vouloir emplir se gonfler s'engoncer dans ce qui leur paraît toujours trop petit à ce qui ne leur paraît pas à leur dimension ils ont besoin c'est effréné remplir et remplir encore se sur-dimensionner

aller voir la mer

se ressentir petit
ressentir sa taille
se ressentir

ne garder que
n'être que
être

la mer vide
les mots c'est la mer

ne plus toucher terre
                        perdre
                                   pied


à la mer se vide les canaux rivières les fleuves les cours les pétroliers et les paquebots

les mots devraient servir à vider et non à remplir remplir REMPLIR ENCORE ENCORE ENCORE


Ta gueule connard !

                                                voilà trois mots, remplis-toi



les mots c'est la mer
la mer vide


je dois voir la mer


lundi 9 septembre 2013

Un cailllou dans la bouche





Bien sûr qu'il savait parler, petit. Mais ce n'est qu'il y a peu qu'il s'était rendu compte. S'en était rendu compte. Ces premiers mots raisonnés, ordonnés de pensées, il les avait articulés, il les avait appris avec des mots de colère qui n'étaient pas les siens. Une colère qui n'était pas la sienne. Une colère qui l'effrayait. Alors les premières années il ne s'en était pas servi. Il garda encore quelques années ce langage intelligible et utilitaire, ce langage inintelligent. Avec ses mots. Jouer Manger Pisser Fatigue Dormir.
Puis, progressivement, il apprit à les enrober. Car il faut bien parler, car il faut bien échanger. Il faut bien grandir. Il apprit à les enrober, un peu comme des friandises. Enrobés de mots-sucrettes ou de voix douce. Il ne voulait pas qu'on les entende, ceux de colère, qu'ils s'attachent dans le pavillon de ceux qui les entendaient comme ils s'étaient incrustés dans le sien. Qu'ils marquent ailleurs comme ils l'avaient marqué. Il avait appris à parler avec des mots de colère. De là lui venait certainement la sienne.
Pour mieux les enrober, mais aussi tuer le temps en ouvrant ses tripes et les étaler, faire durer jusqu'à, jusqu'à ce que, il s'était mis à lire. Non pas, à dévorer des livres. Il apprit comment on met un mot plutôt qu'un autre, comment on omet un mot, comment on commet poliment. Alors sa voix prit d'autres mots, et en même temps qu'il enrichissait son vocabulaire, il grandissait ses pensées. Seulement il n'y avait personne derrière le livre pour répondre à ses questions. Il n'y avait personne pour écouter cette voix qui s'assourdissait.
Pour autour, c'était un gentil garçon qui marmonnait au lieu de parler. De toute façon, il n'avait rien d'intéressant à dire. Qu'aurait-il pu bien avoir à dire, de toute façon. Lire Manger Pisser Asperges Dormir. Peu grand chose de plus, de plus il n'était pas drôle. Cette voix s'assourdissait et butait, trébuchait comme si elle rencontrait des nids de poules dans l'air. C'était un garçon monocorde. On pensait bien qu'il ne pensait rien.
Puis, progressivement, la colère le prit l'enroba. Car elle était toujours présente. Car il faut bien vider. Lorsqu'elle fut trop présente, si présente qu'il n'entendait plus qu'elle, il essaya de lui parler. Il lui parla, mais avec cette voix là, elle ne l'entendit pas. Alors il prit ses propres mots à elle, alors elle l'entendit. Et se fâcha derechef. Elle se fâcha si fort qu'elle s'imprima sur lui, en lui. Elle était devant lui, elle était dans sa bouche, dans la vibration de ses cordes. Était la vibration de ses cordes. Tant et tant qu'il ne pouvait ouvrir la bouche sans qu'elle soit avec lui. Même si les lèvres closes, on ne voyait rien. Rien ne transperçait. Que la colère en dedans. Il tenta de s'écarter d'elle. S'en écarta. Crut s'en écarter.
Fit un pas dans le silence. Y retrouva les mots calmes qui seyaient à l'apparent calme de sa personne. Olympien disait-on. A connaître un peu les mythes grecs, ce n'est pas l'adjectif qu'il eut choisi lui-même. Les histoires de leurs dieux et héros ne découlent généralement pas d'une conduite ataraxique.
Que peuvent construire colère et silence ? Quel enfantement d'homme à venir ? En colère et silence. Il s'immergea dans les mots à éjaculer précocement des phrases noyées. Des saisines, des saisies brutes sur lesquelles se râper. Dans lesquelles se noyer comme dans de la sciure. Jusqu'à ce que de la bouche pleine et pâteuse plus rien n'en sorte, n'en puisse sortir. Que plus rien n'emporte. Sa voix prit encore un octave et un peu d'air. Lèvres plus fines encore.
Et encore un peu. Apprendre à respirer. Lentement. Que la respiration soit aussi douce que ces mots-sucrettes. Que la peau râpée de la voix se lisse comme l'apparence calme. Pour qu'aucune colère ne puisse remonter du larynx en s'y accrochant. Pour qu'aucune colère ne puisse redescendre en lui rencontrer et raviver la sienne. Qu'elle ne batte pavillon noir, gangrène noire partie de l'oreille, partie dedans. Un trait de lèvres légèrement retroussé.
Expirer, ne plus en être bousculer du corps des autres. Inspirer, ne pas en être ni miroir ni carnation. N'en être plus tambour, résonance où l'autre battre propre sa voix, laisser prendre prise à sa propre colère. Nulle prise. L'on comprend de moins en moins qu'il n'est pas uniquement de caractère fort que chez celui qui gueule fort. Mais la facilité raccourcit. La facilité de suivre un schème commun d'accords sans concevoir qu'il y a justement de la faiblesse dans la nécessité de devoir gueuler pour se faire entendre. Qu'il y a faiblesse à partir de l'instant où la voix se doit d'imposer le mot par le ton et sa tenue. Qu'il y a faiblesse lorsque le mot ne se tient plus. Le mot sait se suffire.
Lui bannit ces mots-là, ces tons-là. Du moins tente. Apprendre à parler, c'est apprendre à respirer. Peu à peu il respire, et à voir peut-être seulement cette palpitation trachéenne. Il ne sait pas, il ne peut pas tout effacer, tout gommer, tout lisser, mais c'est l'épaisseur du souffle qui tamponne. Il s'épaissit. Ainsi perdit-il certaines parts de ce que certains nomment cœur. Pierre friable. Pierre sans avis. Pierre. A décocher des regards de l'autre comme des coups de pied. Il en faut bientôt plus pour le bouger. L'inertie concède une force.
Dans ce trait de lèvres, l'on pouvait y voir le caractère de la résignation, alors que l'on n'entendait l'abnégation. Sur les lèvres lisses l'autre veut y lire, y mire son propre atavisme. Il y pose ses propres mots, les laisse l'emporter lui-même dans les lettres de son propre caractère, il s'emmène seul ce faisant, se prête à lui-même, lui prête ses colères, ses contradictions. Le garçon ne répond, ne rend, ne donne, ne prend la mouche, lui laisse sa merde. L'apprentissage du langage par des mots de colère inculque mieux la force du verbe et celle du silence. Il n'y avait plus de brèche en lui pour la colère de l'autre. Il s'épaissit.
Il n'y avait aussi plus de brèche en lui pour l'amour de l'autre. Plus de fissures si lui-même ne s'ébréchait. Alors lorsqu'il répondit en silence aux mots mièvres et couchés de son père. Et lorsque son père reçut le silence plutôt qu'une mascarade de gratitude pour sa carte, il ne l'appela toujours pas. Irresponsable du pouvoir des mots, ce dernier clôtura la mémoire de la naissance de son fils d'une lettre d'adieux, de reproches étouffés, de souvenirs mal placés. Toujours d'un seul côté. Il vit encore ce qu'il avait envie de voir, dit ce qu'il avait envie d'entendre. Il enverrait quand même un pécule de sa retraite pour le tout-petit, car il restait grand-père, même sans le voir.
L'homme se facilitait encore la tâche. Il n'avait pas vraiment le désir d'entendre, seulement sa propre colère, celle qu'il prêtait aussi à son fils. Lequel échangea une latitude contre une autre. Ne joua pas le jeu qu'il n'avait pas choisi. Il prit le combiné résoudre la colère de l'homme. On ne peut exiger entendre la voix de l'un sans se donner la peine de s'adresser à lui. Il lui enroba une journée pleine, un temps pressé, compressé d'impératifs, s'excusa un peu, piqua un peu sa réaction, lui rendit la dérision qu'elle n'avait pas.
Il avait appris à parler avec des mots de colère qui n'étaient pas les siens. Il apprit à répondre à la colère des siens. Il apprit à leur rendre sans y adjoindre de valeur ajoutée, sans surenchère. A l'autre de reprendre sa propre colère. Sa propre colère et la force de ses propres mots. La colère s'en revient toujours d'où elle part. Cette façon irritait, on lui prêtait tout : lâcheté, fuite, faiblesse, transparence. Néanmoins lui était debout et regardait. Lui n'avait plus besoin de gueuler.
Elle était là pourtant, dans sa gueule, la colère. Sous-jacente. Latente. Elle était là mais il n'avait besoin de l'envoyer dans la gueule des autres. Il n'avait pas besoin du miroir de l'autre pour s'y confronter, pour l'affronter. Elle redescend toujours. Elle descend toujours s'asseoir sur sa pierre. Mais il n'avait plus besoin de fronde pour la jeter. Sa force conservée lui permettait à lui de se dresser. Et de muer en roc un caillou.


 

mardi 27 août 2013

Du susceptible




          Sensibilité et susceptibilité sont souvent confondues. C'est qu'elles demandent toutes deux à être ménagées, c'est qu'ensemble elles font aussi si bon ménage. Elles procèdent, ou possèdent une perméabilité. Un peu comme celui qui veut écrire, et celui qui veut être lu. Le premier est plus aisément contenté que le second, plus aisément mécontent. Il n'empêche que parfois, ce même premier peut en arriver à se demander si cela vaut le coup.
          Dans tous les cas, fors la question de sensible, il est vrai que manipuler avec des pincettes, ou à travers une paire de gants, parfois, souvent, c'est chiant...

 
 

jeudi 6 juin 2013

Du plumage

 

 
          Il s'est fait plumer les mots de la bouche. C'est arrivé avec beaucoup moins de tapage qu'il en avait été gavé greffé griffé, les entrailles de la tête vidées sans semonce ni douleur. Restait une carcasse carnée et creuse la langue sur l'ongle et l'ergot coupé qui pendait comme une breloque. Le langage s'ancre en dedans et s'encre dehors en combat de coqs puis sors indolore. Puis on reste nu corps faisandé.