Je n'ai jamais su faire je
n'ai jamais trop compris comment il fallait faire je n'ai jamais su
trop faire déjà auparavant lorsque je me suis aperçu cette faculté
chez les autres j'étais fasciné c'est là que je me suis rendu
compte que je ne savais trop faire c'était tôt mais c'était trop
tard et ça a duré toujours même à présent je ne sais trop faire
comment meubler alors je meuble je ramasse ces meubles dont on ne
veut plus je ne les fais pas de toute pièce je ne sais pas trop
faire je les reprends avec ces parts de moi dont on ne veut pas puis
patiemment je remplis de formes d'espaces vides j'apprends leurs
fibres je détaille leurs creux je gratte une langue des mains d'où le meuble s'échappe je
rajoute des poussières et des copeaux de bois entre le monde et moi.
Peut être un jour ce sera suffisamment épais. Peut être un jour
j'y mettrai le feu.
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lundi 7 mars 2016
vendredi 26 septembre 2014
Du mime de la boîte
j'ai réussi à rester hors du monde
quelques temps mais pas
hors du temps
il me rattrape tampon ne
le monde tombe sur la gueule comme
l'avalanche
l'unicité des cristaux s'enroule et
a/mal/game
je passe peut-être à côté
mais tombe et relève
autre chose
et par cet autre chemin
aussi long court
arrive auprès du pied
d'un même mur indicible
l'immédiat pressé submerge
dissout toute projection
dans le travers de la négation molle
du
tout de suite je n'ai pas envie de
mais à un point tel que
et point
on s'arrête et on
recommence
mercredi 24 septembre 2014
Du facteur héréditaire
la paume de sa voix tape et résonne une claque verbale isolante
calorifère tant que l'écho jusqu'à présent qu'alors y faire seulement j'ai eu
l'objet d'une fierté qui se désigne d'un geste d’œil qui luit
qu'on balaie range ensuite comme il faisait avec la Land Rover qu'il
plia dans un verre de vin avec les os des deux autres conducteur et
passager
ce ne sont que des reflets sur les vitres de son visage seulement
j'ai eu
la voix de sa main à portée à la porte des cellules qui apporte le
rien de bon le bon à rien une médaille d'identité incrustée comme
une puce réflexe taré de nature qui ne s'ôte pas seulement d'une
pince à tic j'ai eu
sa peau je lui renvoie morceau par morceau avec ses propres timbres
sur l'enveloppe refusée il a
il m'a légué du métier les normes postales de sa personne
l'expédition
samedi 23 août 2014
Du plat
Ça commencerait du genre
je vais bien ne m'en parle pas.
Ça pourrait commencer et ça resterait comme toutes ces lignes
électriques écrites dans la déconnexion des synapses, balayées
par ce même vent qui roule le mégot entre les doigts. Un geste de
la main. Les semaines comme des roulades, le dos rond à couler comme
une aiguille dans un cadran pluvieux, à ne pas trop se mouiller.
Il
y a bien eu deux ou trois pages blanches ouvertes, froissées dans la
matière grise. Mais le monde ne s'est pas transformé. Les jours
sont restés ainsi assis à l'arrière d'une voiture, à lever le nez
aux nuages à faire semblant de lire les lignes du ciel. Oublier de
penser, perpétrer la déconnexion. Éviter de départager la
douleur et l'aigreur et n'en donner trop le goût.
Chercher
une fausse causalité à la succession des impotences installées
comme un liseron qui croît et se déploie. Simplement retirer. Des
Épines en plâtre. N'avoir fait que regarder un au-delà de
brouillard sans voir autour. Jusque là ôter l'envie. N'être
toucher, ne toucher jusqu'à ce qu'aux doigts le vent. Juste le plat.
Et la résistance dans la machinerie à peine plus tiédie qu'une
veilleuse. Suffisant.
Il
y a l'idée parfois que la mer emporte, on fait avec ce qui reste à
l'estran. Qu'on aurait dû tout lui balancer. Ce qui reste est comme
ce qui manque, les deux dessinent des rides et des rigoles dans le
sable. Les deux sont là sans l'être. Il tarde d'y poser le pied.
Bonnement poser le pied.
lundi 26 mai 2014
Le papier-peau des doigts
Ce
matin j'ai ressorti l'imper noir. C'est qu'ici il pisse comme il
cogne, sans prévenir. J'en ai vidé la poche intérieure avant de
partir bosser, de ces papiers suffisamment importuns pour qu'on les
oublie toute une année, sans regarder plus. En rentrant,
réordonnant la maison, je retombais sur ces petits papiers pliés
que je me détaillait, au cas où. L'un deux, coïncidence, édictait
le mois de mai de l'an passé, son lot de baptêmes, quelques sorties
et rendez-vous. Suffisamment pour avoir eu besoin de les reporter sur
un bourgeon de mémoire externe. Un autre renfermait sur lui-même
une ébauche de liste de course. Des légumes dont les épluchures
ont déjà nourri d'autres épluchures déjà perdues. Le troisième
papier comportait au dos quelques mesures gribouillées à la hâte,
et un degré se franchit encore lorsque dépliant je lus le slogan
naïf « regard tourné vers le large » de l'étiquette.
En fond se dessinaient chanvre et bleu deux nœuds en huit desserrés.
Entre ces attaches tomba sur la table un étui de coques vides et
fripées de paracétamol. L'angle se fit aigu.
J'avais
toujours des maux de tête, même s'ils étaient moins fréquents.
Mais je ne dormais pas mieux, même si j'avais moins de relents. Sans
crever, l'année défila à toute vitesse, et délia ce mot qui prit
forme ce matin dans les yeux embués du jardin « conception de
la vie ». Oui, les mots prennent forment tous seuls, sans qu'on
ne leur demande quoi que ce soit. Ils viennent emmerder leur monde
jusqu'à ce que je les reporte, déroule le fil pour les lier dans
une ou quelques phrases avec leur idée. Souvent je les publie
ensuite, et regarde, plus plus ou moins content. Et parfois un ou
deux lecteurs le sont aussi, plus ou moins. Ceux-là résonnaient
bateau, plutôt bidon de radeau. Ils résultaient certainement de la
dérive du continent de la tronche (encore). Comme un rot du
subconscient après avoir digéré, mais ingéré beaucoup d'air, de
vent, dans les bronchioles et les synapses. Ils venaient cogner aux
pare-battages des ritournelles internes des dernières semaines.
C'était
tellement con qu'il n'y avait pas besoin de les traduire, d'en tirer
le fil, dérouler le cocon dans lequel il s'enfermait. « conception
de la vie », tout tenait dedans. Une définition en soi par son
sens littéral. Puis je me suis dit qu'un, ça ne pouvait sortir
comme ça, et que deux ça sera encore mal pigé, comme plus du tiers
de ce que je partage. D'un autre côté, une fois partagé, c'est
départi, ça ne me concerne plus vraiment. Plutôt celui qui se
regarde dedans. Et sur cet an j'ai souri en me confortant, à tord ou
à raison, dans le fait que je m'y rapprochais. Malgré les insomnies
dont je maîtrisais mieux les impacts et les trous dans le jour, je
n'ai pas pu m'empêcher de penser que c'était déjà pas mal, de s'y
rapprocher. J'étais lucide quand au fait que finalement je ne
concevais rien. Je ne faisais que digérer et recracher.
J'ai
repensé à Ju qui, préparant tête baissée un tournant dans la
ligne droite de sa vie, avait évoqué la veille ce que nous avions
en commun de nos relents, avec un certain soulagement qui ne
délestait pourtant pas l'inquiétude du virage à venir. Ces mêmes
dégueulis d'histoires banales qui ne le sont pas quand ils vous
concernent, et qui nous avaient fait nous rencontrer. J'ai repensé
dans le même laps de temps où elle parlait à Max qu'elle allait
bientôt épouser, avec qui nous avions tenus les mêmes propos
quelques jours plutôt. Cynique l'idée qu'ils voulaient tous deux se
rassurer m'amusa, mais fut vite chassée par la certitude de leur
certitude. Et celle-là je ne peux pas m'empêcher de la trouver
belle, même s'il me restait des difficultés à y adhérer
complètement. Le couple, oui, le mariage, c'était autre chose. Je
songeais au mien, qu'il allait bientôt falloir orchestrer. Pour la
forme, parce qu'au fond. J'y voyais une certaine vacuité, dans le
sens où nous avions plus que souvent le double de vie commune que la
plupart de nos connaissances du même âge, et que ce mot terrible me
renvoyait irrémédiablement au premier modèle observé. Un modèle
à la fois débile et indélébile dans sa tâche.
Pensant
ainsi aux rencontres j'en passais de manière très rapide aux autres
personnages de ces dernières années. A ceux qui m'avaient mis le
pied à l'étrier de l'écriture. Aux autres qui avaient claqués la
croupe de canasson qui s'essoufflait à présent. À
Catherine qui attendait une réponse qui ne venait pas, pour la
publication d'un texte de son cru dans le pli de mes mains qui
plissaient à reculons. Non pas que le texte ne me plût pas, mais
comment se motiver quand on l'est pas pour son propre travail. J'y
arriverais, car il faudra bien que je recrache. J'en vins à penser à
ceux que l'écriture me fit croiser, souvent ce même genre de
personnes qui m'avait mis un pied à l'étrier tout court, parfois
sans le savoir, un pied au cul sur mon propre trou de balle à la con
qui se prenait trop souvent pour un nombril. On a tous son héritage
de lacunes... Je me suis dit une fois de plus que Vincent avait
raison, et constatais ma marge de progression dans ce sens. Un sens
qui tend les bras, pas un de ceux qui infléchissent ou pointent une
direction. Ça pique moins la main, ça arrache moins la gueule,
quand on tâtonne. L'angle se referme, et pourtant il n'est pas plat.
On
m'avait interrogé sur ce que je voulais faire, quelques jours
auparavant. C'est que c'en était une, de ces périodes où l'on
croise, à dessein, pour mieux s'intégrer, pour mieux s'interroger,
aussi. J'avais déjà craché à la gueule du monde, de la politique,
de la rurbanisation. J'avais trouvé ma propre réponse à
l'engagement. C'était la même réponse qu'il y avait finalement à
faire à la question de ce que j'étais, lorsque j'étais planté aux
côtés d'écrivains, de poètes. Non, je ne suis pas poète.
J'écris. C'est déjà bien assez. J'ÉCRIS,
c'est déjà suffisant. Il n'y a pas d'étiquette supplémentaire à
agrafer sur ma couenne de mammifère. Et quoi alors, ce qu'on voudra
que ce soit... qui n'est à peine le propos. Ces derniers mois n'ont
été que cela, toujours plus nettement, écrire une vie digérée,
c'est-à-dire recrachée. Imbibée de l'urgence de la patience. Une
menuiserie de mots transpirant leur cadre. Une restauration de
l'ancien qui permette la circulation, la respiration. Tous les
travaux engagés n'étaient en fin de compte qu'une restauration, une
succession de décroissances luttant contre l'impératif de la
consommation, du déplacement de l'homme en simple produit. L'on
s'échauffe à n'être plus que des consommables qui se consument.
Le
seul « neuf » qui a passé la porte récemment sont ces
livres, souvent signés, d'idées, de vie, de conception qui se
refont, qui luttent à leur façon. Le tissu humain est comme ces
carnets de papier, il comporte sur sa page blanche les ratures des
pages précédentes. Le crayon bute parfois sur les sillons. Et
contrairement à ces carnets qui s'entassent dans les angles des
étagères, on signe sur des pages perpétuelles. On fait renaître,
on renaît, on conçoit de la vie. En vrai ou en tête on s'équilibre
sur du papier, on équilibre du papier se mettre debout une fragilité
qui ne tient pas de place n'a pas de place à tenir, juste tenir. A
naître. Comme le mur le meuble décapés grattés rabotés jointés
polis patinés, matières mâchées et remâchées. Pas pour faire
beau, pas pour orner, habiller rencogner s'en cogner faire style, il
y a à dénuder les fils, désosser des crans pour y mettre les
doigts savoir pourquoi les doigts savoir mettre à plat. Une matière
réelle qui ne sonne pas creux, ne se décomposera pas à la première
drache.
A reconstruire, apporter comme peut si peu une certaine
épaisseur au papier, en essayant à se dépiauter les doigts de ne
pas y aller jusqu'à l'os. Il y a d'autres petits papiers dans la poche de l'imper, une autre liste d'autres courses, d'autres mesures d'autres bois, plus de paracétamol, la trace absente de quelques lignes à venir, et des nœuds qu'on ne sent qu'en roulant les doigts.
samedi 22 mars 2014
Du contemporain des nuits
Au fil des lectures
de toutes ces nuits
d'auteurs contemporains
au fil de toutes ces nuits
de lecture contemporaine
je suis frappé par cette
certaine solitude certaine
qui émane de ces écritures
et dans la nuit
je me console
en me disant que
je suis moi aussi
( au moins )
bien contemporain
mercredi 29 janvier 2014
De la circulation des échanges (désossé)
écrire
occuper
l'espace
antre
rature
et
rognure
vivre sur les dents
pour La Nouille
mardi 28 janvier 2014
De la circulation des échanges
écrire
/s'/occuper
˽
<
antre >
rature
et
rognure
vivre
Ʌ
les dents
l'ongle
vendredi 29 novembre 2013
Ni l'un ni l'autre
J'ai fait ma journée de 12 heures celle qui arrive pas très souvent
qui arrive de temps en temps qui arrive régulièrement la journée
repassait de son fer lancer saluer asseyez-vous programme affiché
des mines grattées vous prendrez la séance ne pas enregistrer
autrement que manuellement une seule main pour pouvoir causer
attendre la parole venir claquer dans la paume rebondir dans la
bouche pendant qu'ils se l'envoient dans la gueule suis resté un
enfant
voulais les abandonner fichier effacé sur les lignes de ceux que je
garde de côté trop fatigué à pouvoir les regarder au coucher le
laps de feuilleter deux burroughs le chat a vu la lumière il tente
les chiens se sont levés m'dire d'aller me recoucher mais les dents
mordent si fort la tête la mâchoire et le crâne ne veux pas me
redonner à la nuit qui n'veut pas dormir
puis un michaux nous deux encore m'est tombé j'en aurai presque brai
c'était tout sur une feuille de papier compris pourquoi ma peau ne
pouvait apparaître suis resté un enfant les mots n'ont pas plus
corps que corps les uns hommes claquent du corps dans les mots les
autres hommes font claquer les mots dans le corps je n'étais suis ni
des uns ni des autres il n'y a jamais que ma gueule de claquée
lundi 9 septembre 2013
Un cailllou dans la bouche
Bien
sûr qu'il savait parler, petit. Mais ce n'est qu'il y a peu qu'il
s'était rendu compte. S'en était rendu compte. Ces premiers mots
raisonnés,
ordonnés de pensées, il les avait articulés, il les avait appris
avec des mots de colère qui n'étaient pas les siens. Une colère
qui n'était pas la sienne. Une colère qui l'effrayait. Alors les
premières années il ne s'en était pas servi. Il garda encore
quelques années ce langage intelligible et utilitaire, ce langage
inintelligent. Avec ses mots. Jouer Manger Pisser Fatigue Dormir.
Puis,
progressivement, il apprit à les enrober. Car il faut bien parler,
car il faut bien échanger. Il faut bien grandir. Il apprit à les
enrober, un peu comme des friandises. Enrobés de mots-sucrettes ou
de voix douce. Il ne voulait pas qu'on les entende, ceux de colère,
qu'ils s'attachent dans le pavillon de ceux qui les entendaient comme
ils s'étaient incrustés dans le sien. Qu'ils marquent ailleurs
comme ils l'avaient marqué. Il avait appris à parler avec des mots
de colère. De là lui venait certainement la sienne.
Pour
mieux les enrober, mais aussi tuer le temps en ouvrant ses tripes et
les étaler, faire durer jusqu'à, jusqu'à ce que, il s'était mis à
lire. Non pas, à dévorer des livres. Il apprit comment on met un
mot plutôt qu'un autre, comment on omet un mot, comment on commet
poliment. Alors sa voix prit d'autres mots, et en même temps qu'il
enrichissait son vocabulaire, il grandissait ses pensées. Seulement
il n'y avait personne derrière le livre pour répondre à ses
questions. Il n'y avait personne pour écouter cette voix qui
s'assourdissait.
Pour
autour, c'était un gentil garçon qui marmonnait au lieu de parler.
De toute façon, il n'avait rien d'intéressant à dire. Qu'aurait-il
pu bien avoir à dire, de toute façon. Lire Manger Pisser Asperges
Dormir. Peu grand chose de plus, de plus il n'était pas drôle.
Cette voix s'assourdissait et butait, trébuchait comme si elle
rencontrait des nids de poules dans l'air. C'était un garçon
monocorde. On pensait bien qu'il ne pensait rien.
Puis,
progressivement, la colère le prit l'enroba. Car elle était
toujours présente. Car il faut bien vider. Lorsqu'elle fut trop
présente, si présente qu'il n'entendait plus qu'elle, il essaya de
lui parler. Il lui parla, mais avec cette voix là, elle ne
l'entendit pas. Alors il prit ses propres mots à elle, alors elle
l'entendit. Et se fâcha derechef. Elle se fâcha si fort qu'elle
s'imprima sur lui, en lui. Elle était devant lui, elle était dans
sa bouche, dans la vibration de ses cordes. Était la vibration de
ses cordes. Tant et tant qu'il ne pouvait ouvrir la bouche sans
qu'elle soit avec lui. Même si les lèvres closes, on ne voyait
rien. Rien ne transperçait. Que la colère en dedans. Il tenta de
s'écarter d'elle. S'en écarta. Crut s'en écarter.
Fit
un pas dans le silence. Y retrouva les mots calmes qui seyaient à
l'apparent calme de sa personne. Olympien disait-on. A connaître un
peu les mythes grecs, ce n'est pas l'adjectif qu'il eut choisi
lui-même. Les histoires de leurs dieux et héros ne découlent
généralement pas d'une conduite ataraxique.
Que
peuvent construire colère et silence ? Quel enfantement d'homme
à venir ? En colère et silence. Il s'immergea dans les mots à
éjaculer précocement des phrases noyées. Des saisines, des saisies
brutes sur lesquelles se râper. Dans lesquelles se noyer comme dans
de la sciure. Jusqu'à ce que de la bouche pleine et pâteuse plus
rien n'en sorte, n'en puisse sortir. Que plus rien n'emporte. Sa voix
prit encore un octave et un peu d'air. Lèvres plus fines encore.
Et
encore un peu. Apprendre à respirer. Lentement. Que la respiration
soit aussi douce que ces mots-sucrettes. Que la peau râpée de la
voix se lisse comme l'apparence calme. Pour qu'aucune colère ne
puisse remonter du larynx en s'y accrochant. Pour qu'aucune colère
ne puisse redescendre en lui rencontrer et raviver la sienne. Qu'elle
ne batte pavillon noir, gangrène noire partie de l'oreille, partie
dedans. Un trait de lèvres légèrement retroussé.
Expirer,
ne plus en être bousculer du corps des autres. Inspirer, ne pas en
être ni miroir ni carnation. N'en être plus tambour, résonance où
l'autre battre propre sa voix, laisser prendre prise à sa propre
colère. Nulle prise. L'on comprend de moins en moins qu'il n'est pas
uniquement de caractère fort que chez celui qui gueule fort. Mais la
facilité raccourcit. La facilité de suivre un schème commun
d'accords sans concevoir qu'il y a justement de la faiblesse dans la
nécessité de devoir gueuler pour se faire entendre. Qu'il y a
faiblesse à partir de l'instant où la voix se doit d'imposer le mot
par le ton et sa tenue. Qu'il y a faiblesse lorsque le mot ne se
tient plus. Le mot sait se suffire.
Lui
bannit ces mots-là, ces tons-là. Du moins tente. Apprendre à
parler, c'est apprendre à respirer. Peu à peu il respire, et à
voir peut-être seulement cette palpitation trachéenne. Il ne sait
pas, il ne peut pas tout effacer, tout gommer, tout lisser, mais
c'est l'épaisseur du souffle qui tamponne. Il s'épaissit. Ainsi
perdit-il certaines parts de ce que certains nomment cœur. Pierre
friable. Pierre sans avis. Pierre. A décocher des regards de l'autre
comme des coups de pied. Il en faut bientôt plus pour le bouger.
L'inertie concède une force.
Dans
ce trait de lèvres, l'on pouvait y voir le caractère de la
résignation, alors que l'on n'entendait l'abnégation. Sur les
lèvres lisses l'autre veut y lire, y mire son propre atavisme. Il y
pose ses propres mots, les laisse l'emporter lui-même dans les
lettres de son propre caractère, il s'emmène seul ce faisant, se
prête à lui-même, lui prête ses colères, ses contradictions. Le
garçon ne répond, ne rend, ne donne, ne prend la mouche, lui laisse
sa merde. L'apprentissage du langage par des mots de colère
inculque mieux la force du verbe et celle du silence. Il n'y avait
plus de brèche en lui pour la colère de l'autre. Il s'épaissit.
Il
n'y avait aussi plus de brèche en lui pour l'amour de l'autre. Plus
de fissures si lui-même ne s'ébréchait. Alors lorsqu'il répondit
en silence aux mots mièvres et couchés de son père. Et lorsque son
père reçut le silence plutôt qu'une mascarade de gratitude pour sa
carte, il ne l'appela toujours pas. Irresponsable du pouvoir des
mots, ce dernier clôtura la mémoire de la naissance de son fils
d'une lettre d'adieux, de reproches étouffés, de souvenirs mal
placés. Toujours d'un seul côté. Il vit encore ce qu'il avait
envie de voir, dit ce qu'il avait envie d'entendre. Il enverrait
quand même un pécule de sa retraite pour le tout-petit, car il
restait grand-père, même sans le voir.
L'homme
se facilitait encore la tâche. Il n'avait pas vraiment le désir
d'entendre, seulement sa propre colère, celle qu'il prêtait aussi à
son fils. Lequel échangea une latitude contre une autre. Ne joua pas
le jeu qu'il n'avait pas choisi. Il prit le combiné résoudre la
colère de l'homme. On ne peut exiger entendre la voix de l'un sans
se donner la peine de s'adresser à lui. Il lui enroba une journée
pleine, un temps pressé, compressé d'impératifs, s'excusa un peu,
piqua un peu sa réaction, lui rendit la dérision qu'elle n'avait
pas.
Il
avait appris à parler avec des mots de colère qui n'étaient pas
les siens. Il apprit à répondre à la colère des siens. Il apprit
à leur rendre sans y adjoindre de valeur ajoutée, sans surenchère.
A l'autre de reprendre sa propre colère. Sa propre colère et la
force de ses propres mots. La colère s'en revient toujours d'où
elle part. Cette façon irritait, on lui prêtait tout :
lâcheté, fuite, faiblesse, transparence. Néanmoins lui était
debout et regardait. Lui n'avait plus besoin de gueuler.
Elle
était là pourtant, dans sa gueule, la colère. Sous-jacente.
Latente. Elle était là mais il n'avait besoin de l'envoyer dans la
gueule des autres. Il n'avait pas besoin du miroir de l'autre pour
s'y confronter, pour l'affronter. Elle redescend toujours. Elle
descend toujours s'asseoir sur sa pierre. Mais il n'avait plus besoin
de fronde pour la jeter. Sa force conservée lui permettait à lui de
se dresser. Et de muer en roc un caillou.
samedi 10 août 2013
Du remembrement
Ressemble
moi s'assemble
dis-semble
dissemble
dis-moi
quinze ans à être
quinze à défaire
refaire
faire
pré-faire
préfère
ne plus
dis
dis-re
redire encore
encore
du mal
du corps
du mal
cors à causer
court
tout
encore
quand l'on me reconnaît
c'est un autre
celle-là
c'est la même
parait-il
parait-île
paumée
à peine portée
la paume
elle attend
tout juste retournée
affaissée ressac
qui tourne
d'avant à l'arrière
d'avant à derrière
elle attend rien
et l'on se reconnaît
sans dire
sans mots
sans mots dire
on joue de l’œil
sans se regarder
à peine
la nôtre
dissemblable
dis-semblable
quinze ans
tout confondu
tout fondu
dans le même
tout le fond
au fond
pas très grave
pas de voix
puits
puis
s'étire
s'éthère
d'avoir touché
du mensonge à l’œil
du ciment
quand ça prend
ça se prend
rendre la parole
la voix
et ne dire rien
rien de plus qu'on
ne dit à quinze ans
jusqu'à trouver
le
la
que dis-tu
on se reconnaît
parfois
même si ça prend
du temps
miroir déformant
miroir difformant
miroir dis-semblable
à lice s'assemble-t-on
on a pu se dés-apprendre
peut-être parcelle parce que
l'on ne se miroite pas
ne se ment pas
ne se dit rien
de cela rendre
a-t-on jamais le temps
a-t-on jamais
laiton laiteux laitue l'est-on
l'es-tu
est-on
l'air n'entend
samedi 25 mai 2013
De l'once du drap
s'étire
se retire
se tord un peu
se retire
s'entend
sourde
n'ourde
s'ourle
tord un peu
l'autre
son œil
pourtant
reste
là
je ne suis qu'un tissu de mots
tout ce que j'ai c'est de la force de
mes bras c'est la force de mes bras sans possession je ne suis que
l'attribut de mes obsessions
c'est dans la paume de la main la paume
du crâne
tout ce que j'ai c'est toi
je ne dirai jamais plus rien que dire
je dis sans promesse juste dire la force des mots dits la force dans
les mots les mots qui figurent figent mon tissu cellulaire dans la
doublure de mensonge et la braguette de songe à relever quand il
fait un peu froid la force de leur absence
vaisseau et sève qui est
qui le mot l'enveloppe et toi le contenu et toi l'épaisseur le temps
de l'écriture l'écriture dans le temps la rature le tendon à l'os
mais que ronge alors
ce n'est qu'un tissu de
mots qui ne savent pas se dire dire disloqués qu'on y voit à
travers qui ne tient pas chaud ce n'est que les mots des autres qui
tiennent chaud
paroi isolée
économie d'économie
passée à l'économe
blocs de voix voix rauque
de vent des poumons de vent de poumons
à vieillir peau de rides
est-ce la peau le mot qui se replie glisser le doigt entre les lignes
et y lire lire le recoin le creux sentir le fin la doublure tannée
derrière s'y heurter l'impression les traits du racloir les traits
noirs signes encodage frontière se heurter devant au derrière
longer passer la
frontière comme un mur à abattre comme battre soi et quand
s'effondre retombe le tissu de mots il y a encore le mot
passé à l'économe
dis qu'est-ce que je bave
faut-il un plus gros
couteau dégrossir encore le film la finesse passe ça passe déjà
au travers ça ne perce pas l'opacité c'est de la lumière éteinte
dans la lumière le fil a la couleur de la réfraction la couleur de
la rétractation c'est que ça laisse filer autant que ça renvoie
qui perçoit c'est déformé on ne connaît que ça
on ne voit que la
déformation qui n'est plus que la forme et quelle est la forme alors
on ne peut quand même
pas porter ses mots
on ne peut quand même
pas porter ses mots sur le visage sur le corps on ne peut pas se
dénuder comme ça
il en faut du tissu
et des lames pour le
tailler
texture texturé texte
urée absorption et déjection on ne sait plus d'où vient le travail
si c'en est un une la peau du chagrin
quand je me nappe dans la
peau de mots c'est toi qu'elle recouvre la peau de chaleur de mon
absence
on n'a pas compris
comment ça commence et on ne sait pas quand ça finit c'est un tissu
sans fin déroulé d'en haut il s'enroule au bas oui au bas mot au
bas du mot le pied de la lettre
la fin c'est un autre
début et tout ça...
passé de travers on
tient chacun son fil par le même bout touche et boute où peut-on et
tire chacun dessus ça semble toujours trop court pour se dévêtir
on revêt et même ce qui ne revêt pas le corps est porté avec soi
tire on tire
on tire tire à vide
je tire les mains vides
vendredi 22 mars 2013
Des mines
Interstice
inter sidérant
du verbe
la mine de plomb
courante
sur la feuille
et dehors
la mine coule
sans tirant
et la feuille
dessine
dans le courant
laisser venir
l'eau
et la ride
synergie
inter cellulaires
des intervalles
et ta mine, à toi ?
tu l'as vue ?
- si creusée -
mardi 19 mars 2013
De la consistance des mirages
ce
goéland qui fait le pèlerin
lampadaire
auto-routier du macadam
c'est facile il y a
ceux qui rayonnent les illuminés les éteints les déteints ceux
qu'on tait et les autres encore
ce
goéland qui porte le bas du ciel
sur le
bout de ses ailes
il y a l'obligé
tenu par l'obscurité conscient de l'obscurité tenu d'en faire de la
lumière pour y voir un peu clair
ce
goéland qui ne bouge
pas
d'un poil de plume
ténu intérieur
transparent ils décochent ils décrochent les regards de travers au
mieux à travers car on n'y voit
ce
goéland qui creuse immobile
un
sillon sans traîne
il y a
à faire ce n'est pas parce que c'est invisible que ça n'existe pas
on dit le noir mais le vide est incolore et ce n'est pas s'en sortir
et ce n'est pas creuser c'est remonter dit c'est transcender de la
nuit blanche du noir incolore il y a la certaine transparence glissée
dans une conscience alternative l'alternance des faisceaux à
déguster à diriger l'intelligibilité du monde qui se braque en soi
abîmée dans l'image de soi et son miroir désespéré une
possession qui possède quant à quant à ce qui désespère l'autre
qui s'exaspère de ne voir c'est qu'elle est nécessaire
l'auto-suffisance la nécessité de l'auto-confiance l'assurance
fausse faussée de soi et son absence compter dessus s’asseoir
dessus à savoir se trouver dessous à côté et à regarder et à y
regarder voir là-dedans la beauté y voir là la beauté et faire un
peu plus que s'en accommoder et faire un peu moins que savoir
l'énoncer ce n'est pas parce que c'est invisible que ça se prononce
encore moins bien moins que ça se dit car comment dire quelque chose
qui n'existe pas car c'est facile il y a les autres encore ceux qu'on
tait les déteints les éteints les illuminés ceux qui rayonnent et
quelques obligés tenus de l'intérieur tenus par l'intérieur et
l'exigence du mouvement de béance il y a beau tout ingérer il y a
beau se détacher l'absorption de matière doit ressortir coûte que
coûte écoper il y a à échopper la matière pour déposséder un
peu se posséder un peu respirer et se trouver capable de qui sait
capable de quelque chose qui sait qui se rapprocherait de la beauté
ce
goéland qui fait le pèlerin
tait un
demi-mensonge une demi-vérité
de
laisser croire fixé sur ce point
de ciel
qu'il n'en a pas bougé
samedi 9 mars 2013
De l'assise des fondements
Vois-tu, j'y pensais
depuis quelques jours. J'avais bien compris l'injonction, mais avais
bien du mal à y répondre. C'est que je suis d'une nature un peu lente.
Il faut toujours un certain temps d'intériorisation. A ressasser, ça
s'est enfin éclairé, en travaillant une photographie. Ça semble
facile, parfois, écrire. Ou non, justement. A écrire régulièrement,
depuis certes peu, je reste impressionné par ceux qui trouve le bon
mot, jour après jour. Je dois trucher, pour ma part, pour être
honnête. Quand rien ne vient, ce qui arrive assez souvent, quand
l'image mentale ne s'impose pas d'elle-même, je cherche à
l'extérieur, dans les vues glanées ci et là.
Et ce matin, j'ai ouvert
cette photographie d'arbre, ce détail de tronc pris pendant le grand
froid, dont la couleur m'avais frappé. Je la passe en niveaux de
gris, et contemple, espérant le déclic. Ça a toujours été un
motif important, l'arbre. Il figure d'ailleurs dans le premier texte
de ma remise en route. Ainsi je contemple, et rien. Alors trêve. Il
ne sert à rien de creuser le vide, s'il ne soulève ni poussières,
ni matière à.
Puis l'article lu au
matin sur la poésie et les poètes d'aujourd'hui m'est revenu à
l'esprit. Avec ce court entretien où l'on m'invitait à proposer des
textes pour défendre « ma poésie ». Et tout s'est mis
en place. J'ai compris pourquoi j'avais eu temps de mal à trouver
quoi en dire, à trouver quoi proposer. J'ai compris pourquoi, si on
me le demandait, j'aurai tant de mal à parler de « ma
poésie », comme j'ai tant de mal à me considérer « poète ».
Alors quand il s'agit de défendre « ma poésie »...
C'est elle qui est une
peau, comme le lichen au tronc de l'arbre. Comme elle est aussi un
composant de la sève. Qu'entre autres mousses, elle me colore,
autorise des nuances. Un cardinal additionnel. Un Nord nécessaire.
Tout comme la mer. Celle d'en haut. Celle qui porte le bleu, le vrai,
je veux dire. Celui qui ressemble aux bleus des corps, avec ses
colorations changeantes. Bref, celle qui porte des bleus qui ont
toutes les couleurs, sauf le bleu.
Je veux bien admettre
être auteur, comme l'auteur d'une lettre, d'un courrier. Ce ne sont
que des courriers, que j'écris. Expéditeur, l'instinct, la
viscère ; destinataire, l'inconnu, le miséricordieux, le
curieux. Il me faut bien le reconnaître, j'ai repris l'écriture
comme elle m'a repris. Elle était nécessaire, impérieuse. Il était
nécessaire de réajuster les cadrans, de rééquilibrer les câbles,
pour reprendre la large. Oser reprendre le large. Il me faut bien le
reconnaître, abstraction toute faite des contingences de qualité ou
d'intérêt pour l'autre, la poésie est viscérale. C'est elle qui
me défend, et qui pour une part, permet d'être. Peut-être un jour
serai-je assez grand pour m'émanciper, alors peut-être serai-je
capable de la défendre à mon tour.
dimanche 3 février 2013
De celle-là
- Le jour où je la regarderai en face, elle sera déjà derrière moi
ce sera bien plus facile
pour nous deux -
ce sera bien plus facile
pour nous deux -
mardi 22 janvier 2013
De la photographie
J'allais tu sais j'allais mettre
quelque chose de doux souvent la certitude est là la certitude elle
est là que je peux évanouir le reste que je peux tu sais j'en ai
déjà parler absoudre les sons l'autour par l'entourloupe d'une
fixation de la fixation regarder loin devant et entendre par les yeux
ce que je ne vois pas ce que je ne peux plus voir alors là la
certitude elle est là il n'y a plus rien d'autre et pourtant
j'entends et je vois quand même je suis coupé et le fil de sang me
relie quand même et j'appréhende le tout qui se dissèque seul et
ne me touche que ce qui importe que ce qui est là-bas loin seulement
il y a ces jours le sais-tu tu le sais je te tutoie un peu je me
tutoie c'est une façon de me tuer ce n'est pas à toi que je parle
ce n'est à personne c'est juste pour sortir parce qu'il y a ces
jours où ils ne suffisent pas ces jours où les yeux sortent sans
permettre de rentrer en soi sortir les yeux gros du ventre alors
qu'ils pendent jusqu'à terre alors qu'ils traînent à terre là
c'est un jour comme ça c'est un jour où je livre et c'est tout
c'est un jour où je délivre alors que j'allais tu sais mettre
quelque chose de doux un peu mièvre un peu sec faut des deux
toujours il paraît il y a les deux toujours mais non ce sera pour
plus tard car j'ai essayé aujourd'hui j'ai bien j'ai essayé j'y ai
bien mis du mal et sans succès alors je livre je délivre c'est pas
mal je ne te dirai si ça marche mais c'est comme ça c'est toujours
comme ça même dans les formes tu sais ces vieilles formes à quand
on met des rimes ou pire des vers des jolis vers mesurés qui
pourtant débordent c'est parce que c'est ce que je connaissais en
fin de compte comme ces formes aussi qui se sentent qui ne se sentent
et s'obligent à insérer du merde bite et couille ou morve avec une
jolie image à casser à caser ah ces besoins le besoin de c'est
plutôt ce serait plutôt comme ça que je verbalise un peu mettre à
l'amende du langage le monde la préhension mais qu'on s'en fiche que
je m'en fiche après j'oublie on oublie tout et rien en fait oui
l'habitude je connais Jacques aussi je disais ça coule c'est une
diatribe un continu lorsque tu additionnes le ressenti et le
sentiment tu obtiens le ressentiment et des conneries annexes je
retiens ça tu bondis si je te dis c'est toujours ainsi c'est un
continuum il n'y a pas pas vraiment de travail si dedans c'est dedans
mais ça passe que ça passe la frontière du sang d'encre je relis
je change oui les fautes et encore et point barre c'est peut-être la
différence avec les autres c'est peut-être la différence avec le
reste ce qui reste tout ce qui reste la musique elle est là à se
voir et là et aujourd'hui tous ces sons j'ai beau crié ils restent
je suis parasité ils sont pleins comme je suis plein mais pas saoul
des sons pas des sons des bruits des pollutions des assoiffés qui
t'assaillent tu sais comme légion mais sans purge et sans salut les
contradictions des demandes des missions des ordres transmis à
transmettre c'est bien long c'est bien trop long pour être en loup
de mer et pourtant ils me débordent les bruits impossible d'en faire
silence je tends les yeux les oreilles un peu plus un peu plus loin
mais il n'est pas là il ne veut pas faire silence je n'arrive pas à
faire silence de tous de tout ces sons même en criant même en
taisant c'est laborieux je sais bien comme la lecture comme
l'écriture mais c'est cela c'est un flot l'instantané un peu la
tannée parfois comme là comme le jour où la certitude elle n'est
pas là où elle devrait juste parce que juste parce que je n'arrive
pas pas à faire cesser le bruit ça se rejoint le son là est de
dehors est du dehors mais dedans pourtant il ne sort pas ne veut pas
sortir faire silence je sais bien comme l'écriture comme la lecture
mais c'est cela ils viennent puis se barrent et le reste et ça aussi
comme ils disent c'est de la littérature oui des conneries peut-être
peu palpables pourtant je le tiens ou il me tient et me serre et je
pourrai j'arriverai à lui tordre le coup à ce bruit alors je te
tutoie comme ça je tue moi un peu ces parts-là se partitionnement
s'incisent cartharsisent alors merde ce devait être doux c'est plus
un pavé dans le palais à oublier quand quand ils seront partis ces
sons ces putains de sons quand tu cherches quand je cherche le
sentiment et le ressenti ce sera peut-être demain le silence sera
fait à l'intérieur il y en a d'autres il y en aura d'autres comme
tout le monde comme le monde entier qui te fais chier quand il rentre
chez toi quand il rentre en toi et que désolé pour le
coffrage j'avais pas la clef et le pied de biche pour livrer sans les
planches avec uniquement l’offuscation la suffocation de l'esprit
tu sépareras l'ivraie du livré toi-même j'ai besoin des deux mains
pour la prise de tête pour me tenir le crâne parce que je retiens
que le ressenti et le sentiment accouchent du ressentiment et que
j'ai besoin de me coucher
lundi 31 décembre 2012
Consigné à disparaître
Tout ce qu'il y a eu, y
aura, y a là. La même trace que le sélène de la lune. Qui laisse
même moins que le souvenir. Avec un peu de temps, avec un peu de
chance. Si l'on veut. Je le vois bien, c'est un peu comme mon père.
Je le vois encore me tendre, presque gêné, ces petits classeurs où
s'accumulent ces feuillets noirs et jaunes. Noirs dedans et jaunes
autour. Plein de sensible, plein de son sensible. Que j'ai ouvert.
Que je n'ai pas lu. Que mon fils ne lira pas. Pas plus qu'il ne me
lira. Qu'il ne lira mes propres feuillets. Dactylographiés, classés,
sériés, reliés. Classés. Hors. Pourtant je le ferai. Je lui
tendrai aussi ces liasses, tout d'espoir et d'embarras. Comme je le
fais déjà, alignés eux aussi sur des murs. Sur d'autres murs,
virtuels, inconsistants, apparaissant dans le fond de quelques boites
de quelques autres. En me demandant. En oubliant, comme eux, comme
lui.
J'alignerai encore un
peu quelques feuillets reliés, quelques liasses. Qui ne trouveront
aucune bibliothèque. Car je ne tiendrai jamais la longueur. Car je
ne tiens jamais la longueur. Pérennité. Parce que je veux éviter
cette confrontation d'avec l'autre, d'avec moi-même, en soi. Cette
confrontation esquissée dans les numéros, qui reste sans réponses.
Cette confrontation esquivée, d'entendre silencieusement que
l'intérieur ne trouve pas l'écho à se trouver dehors. Quelques
feuillets qui trouveront eux aussi un mur, une boîte. Un temps. Car
je ne tiens jamais la longueur. Je regarde en arrière. Je m'y
arraisonne. Et je ne peux que constater.
On peut bien se rendre
compte, qu'il y a une permanence de l'inéquation. C'en est des
rencontres. On eut pu croire, à la magie des rencontres. J'aurai
voulu croire. Elles se font, et à se faire, se défont. Fondent peu
à peu. Mais ce n'est que ça, des instants. Comme de l'écriture.
C'est pour cela que l'on accepte. Cette étrange grammaire. Et sa loi
fluctuante du jeu. C'est pour cela que l'on accepte, qu'on joue tendu
tantôt, à tâtons. A la recherche de la détente. De cette
suspension. Ce n'est pas tant la rencontre en elle-même, qui est
magique, ce sont ces instants inégaux, illégaux, subtilisés à
l'égrenage de l'horloge. Un temps, un temps.
Il semble qu'il s'agisse
d'une connexion impermanente de sens, mais imperméable de raison.
Dont l'identification diffère selon l'acteur. Il reste un point
commun, doucement irrationnel. La sensation. Une sorte de chimie
interne transitant par le corps pour achever sa transfiguration dans
l'esprit. C'est cela, une mutation impalpable des cellules dont le
retour se fait sur la vision que l'on a de l'environnement. Sa
préhension et son appréhension. Une sorte de curiosité instantanée
qui se marque après, avec toute la difficulté de son expression.
Le magique tiendrait
d'une impression. L'impression de soi dans un oubli, où la coque
n'est plus sur la mer, mais partie intégrante de la mer. Où jusqu'à
la cale il n'y a plus d'éléments cloisonnés, nommables, mais tout
a un seul nom qui ne se prononce pas. Qui n'a pas besoin d'être
prononcé. Chacun des contours n'en est plus un, solidaire d'un
espace où tous les intérieurs se touchent sans extérieur. Un
espace où l'être n'est plus ni dedans ni dehors, mais avec.
Fugacement. Où l'ensemble fragile est presque solide, tangible dans
son éphémère. Et c'est sa fin qui le réalise.
Après avoir tant battu
la campagne, à présent je bas les pages. Elle me le rendent... Je
me demande souvent si, si j'arrêtais d'écrire, serait-ce comme si
je rendais les armes ? Rendais l'âme ? L'âme ainsi aurait
besoin d'armes, alors... Est-ce pour cela qu'elle nécessite de se
battre ? La possession est donc une bataille. La dépossession
serait une victoire. Comme si c'était une guerre... Mais il y a bien
une certaine violence, une violence en soi à vouloir nommer ce qui
fuit, nommer ce magique insaisissable. La conquête impossible de ce
qui est passé. La conquête égoïste de l'ailleurs, de l'autre qui
parle en soi. Et son don dans le triomphe de soi. Avec ou sans
bibliothèque. On n'a pas besoin de bibliothèque, pour disparaître.
Oui, ça commence
souvent de la même façon. Les rencontres, globalement, dans tous
les sens et ses acceptions. Et parfois se produit un quelque chose de
magie, un temps. Mais ça, ça ne fonctionne que d'une sorte, ça ne
procède que d'une manière. Quand on tient la distance. Quand on se
tient à distance. Mais pas trop, et pas sûr...
samedi 8 décembre 2012
D'entre-nous
Nous sommes
quelques traits
tirés
tiraillés
déséquilibrés
ivres
ivraie
livrée
en plan
aux comètes
quelques points
ajoutés
ajourés
une somme
dispersée
éparse
une ligne
disparate disparue
quelques traits
fatigués
qui sourient
quand ils se
reconnaissent
dans les traits
de l'autre
mardi 13 novembre 2012
De l'os qui ronge
Tant que le chien a l'os
à ronger,
l'homme a le dessus.
Quand l'os a le chien à
ronger,
l'homme a la descente.
Déboulonner,
déboutonner, dévisser, dévider, décaper, décapsuler, débrayer,
débrailler, découper, défouler, descendre, détendre, et leur
contraire demandent à tendre une tension torturée.
Internement physique, où
la conscience de la chose ne provient plus d'abord de la vision de
l’œil, mais d'abord du corps. La sensation comme une annonciation
non pas de la venue, mais de la vue. L'os donne à sentir puis à
voir.
Dérouiller, détourner,
digérer, décliner, détacher, déplacer, dégrader, défaillir,
décompter, déconfire, descendre, descendre, à contrario ne
demandent qu'une courte attention, tendon entortillé.
Internement physique, où
la chose devient consciencieuse et lente déflagration, intégrée
dans la chair. La chair comme exposition de la programmation
anarchique de l'os qui se modèle à l'envie.
L'os donne à voir sans
être vu.
Quand l'os a l'homme à
ronger,
c'est la chair qui
tient.
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