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lundi 7 mars 2016

Le meuble




Je n'ai jamais su faire je n'ai jamais trop compris comment il fallait faire je n'ai jamais su trop faire déjà auparavant lorsque je me suis aperçu cette faculté chez les autres j'étais fasciné c'est là que je me suis rendu compte que je ne savais trop faire c'était tôt mais c'était trop tard et ça a duré toujours même à présent je ne sais trop faire comment meubler alors je meuble je ramasse ces meubles dont on ne veut plus je ne les fais pas de toute pièce je ne sais pas trop faire je les reprends avec ces parts de moi dont on ne veut pas puis patiemment je remplis de formes d'espaces vides j'apprends leurs fibres je détaille leurs creux je gratte une langue des mains d'où le meuble s'échappe je rajoute des poussières et des copeaux de bois entre le monde et moi. Peut être un jour ce sera suffisamment épais. Peut être un jour j'y mettrai le feu.



 

vendredi 26 septembre 2014

Du mime de la boîte







j'ai réussi à rester hors du monde
quelques temps mais pas
hors du temps
il me rattrape         tampon ne
le monde tombe sur la gueule comme
l'avalanche
l'unicité des cristaux s'enroule et a/mal/game

je passe peut-être à côté
mais tombe et relève
autre chose
et par cet autre chemin
aussi long court
arrive auprès du pied
d'un même mur indicible

l'immédiat pressé submerge
dissout toute projection
dans le travers de la négation molle du
tout de suite je n'ai pas envie de
mais à un point tel que
et point
on s'arrête et on recommence



 

mercredi 24 septembre 2014

Du facteur héréditaire



 
la paume de sa voix tape et résonne une claque verbale isolante calorifère tant que l'écho jusqu'à présent qu'alors y faire seulement j'ai eu
l'objet d'une fierté qui se désigne d'un geste d’œil qui luit qu'on balaie range ensuite comme il faisait avec la Land Rover qu'il plia dans un verre de vin avec les os des deux autres conducteur et passager
ce ne sont que des reflets sur les vitres de son visage seulement j'ai eu
la voix de sa main à portée à la porte des cellules qui apporte le rien de bon le bon à rien une médaille d'identité incrustée comme une puce réflexe taré de nature qui ne s'ôte pas seulement d'une pince à tic j'ai eu
sa peau je lui renvoie morceau par morceau avec ses propres timbres sur l'enveloppe refusée il a
il m'a légué du métier les normes postales de sa personne l'expédition


 

samedi 23 août 2014

Du plat



 
Ça commencerait du genre je vais bien ne m'en parle pas. Ça pourrait commencer et ça resterait comme toutes ces lignes électriques écrites dans la déconnexion des synapses, balayées par ce même vent qui roule le mégot entre les doigts. Un geste de la main. Les semaines comme des roulades, le dos rond à couler comme une aiguille dans un cadran pluvieux, à ne pas trop se mouiller.

Il y a bien eu deux ou trois pages blanches ouvertes, froissées dans la matière grise. Mais le monde ne s'est pas transformé. Les jours sont restés ainsi assis à l'arrière d'une voiture, à lever le nez aux nuages à faire semblant de lire les lignes du ciel. Oublier de penser, perpétrer la déconnexion. Éviter de départager la douleur et l'aigreur et n'en donner trop le goût.

Chercher une fausse causalité à la succession des impotences installées comme un liseron qui croît et se déploie. Simplement retirer. Des Épines en plâtre. N'avoir fait que regarder un au-delà de brouillard sans voir autour. Jusque là ôter l'envie. N'être toucher, ne toucher jusqu'à ce qu'aux doigts le vent. Juste le plat. Et la résistance dans la machinerie à peine plus tiédie qu'une veilleuse. Suffisant.

Il y a l'idée parfois que la mer emporte, on fait avec ce qui reste à l'estran. Qu'on aurait dû tout lui balancer. Ce qui reste est comme ce qui manque, les deux dessinent des rides et des rigoles dans le sable. Les deux sont là sans l'être. Il tarde d'y poser le pied. Bonnement poser le pied.



 

lundi 26 mai 2014

Le papier-peau des doigts



      Ce matin j'ai ressorti l'imper noir. C'est qu'ici il pisse comme il cogne, sans prévenir. J'en ai vidé la poche intérieure avant de partir bosser, de ces papiers suffisamment importuns pour qu'on les oublie toute une année, sans regarder plus. En rentrant, réordonnant la maison, je retombais sur ces petits papiers pliés que je me détaillait, au cas où. L'un deux, coïncidence, édictait le mois de mai de l'an passé, son lot de baptêmes, quelques sorties et rendez-vous. Suffisamment pour avoir eu besoin de les reporter sur un bourgeon de mémoire externe. Un autre renfermait sur lui-même une ébauche de liste de course. Des légumes dont les épluchures ont déjà nourri d'autres épluchures déjà perdues. Le troisième papier comportait au dos quelques mesures gribouillées à la hâte, et un degré se franchit encore lorsque dépliant je lus le slogan naïf « regard tourné vers le large » de l'étiquette. En fond se dessinaient chanvre et bleu deux nœuds en huit desserrés. Entre ces attaches tomba sur la table un étui de coques vides et fripées de paracétamol. L'angle se fit aigu.


      J'avais toujours des maux de tête, même s'ils étaient moins fréquents. Mais je ne dormais pas mieux, même si j'avais moins de relents. Sans crever, l'année défila à toute vitesse, et délia ce mot qui prit forme ce matin dans les yeux embués du jardin « conception de la vie ». Oui, les mots prennent forment tous seuls, sans qu'on ne leur demande quoi que ce soit. Ils viennent emmerder leur monde jusqu'à ce que je les reporte, déroule le fil pour les lier dans une ou quelques phrases avec leur idée. Souvent je les publie ensuite, et regarde, plus plus ou moins content. Et parfois un ou deux lecteurs le sont aussi, plus ou moins. Ceux-là résonnaient bateau, plutôt bidon de radeau. Ils résultaient certainement de la dérive du continent de la tronche (encore). Comme un rot du subconscient après avoir digéré, mais ingéré beaucoup d'air, de vent, dans les bronchioles et les synapses. Ils venaient cogner aux pare-battages des ritournelles internes des dernières semaines.


      C'était tellement con qu'il n'y avait pas besoin de les traduire, d'en tirer le fil, dérouler le cocon dans lequel il s'enfermait. « conception de la vie », tout tenait dedans. Une définition en soi par son sens littéral. Puis je me suis dit qu'un, ça ne pouvait sortir comme ça, et que deux ça sera encore mal pigé, comme plus du tiers de ce que je partage. D'un autre côté, une fois partagé, c'est départi, ça ne me concerne plus vraiment. Plutôt celui qui se regarde dedans. Et sur cet an j'ai souri en me confortant, à tord ou à raison, dans le fait que je m'y rapprochais. Malgré les insomnies dont je maîtrisais mieux les impacts et les trous dans le jour, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que c'était déjà pas mal, de s'y rapprocher. J'étais lucide quand au fait que finalement je ne concevais rien. Je ne faisais que digérer et recracher.


      J'ai repensé à Ju qui, préparant tête baissée un tournant dans la ligne droite de sa vie, avait évoqué la veille ce que nous avions en commun de nos relents, avec un certain soulagement qui ne délestait pourtant pas l'inquiétude du virage à venir. Ces mêmes dégueulis d'histoires banales qui ne le sont pas quand ils vous concernent, et qui nous avaient fait nous rencontrer. J'ai repensé dans le même laps de temps où elle parlait à Max qu'elle allait bientôt épouser, avec qui nous avions tenus les mêmes propos quelques jours plutôt. Cynique l'idée qu'ils voulaient tous deux se rassurer m'amusa, mais fut vite chassée par la certitude de leur certitude. Et celle-là je ne peux pas m'empêcher de la trouver belle, même s'il me restait des difficultés à y adhérer complètement. Le couple, oui, le mariage, c'était autre chose. Je songeais au mien, qu'il allait bientôt falloir orchestrer. Pour la forme, parce qu'au fond. J'y voyais une certaine vacuité, dans le sens où nous avions plus que souvent le double de vie commune que la plupart de nos connaissances du même âge, et que ce mot terrible me renvoyait irrémédiablement au premier modèle observé. Un modèle à la fois débile et indélébile dans sa tâche.


      Pensant ainsi aux rencontres j'en passais de manière très rapide aux autres personnages de ces dernières années. A ceux qui m'avaient mis le pied à l'étrier de l'écriture. Aux autres qui avaient claqués la croupe de canasson qui s'essoufflait à présent. À Catherine qui attendait une réponse qui ne venait pas, pour la publication d'un texte de son cru dans le pli de mes mains qui plissaient à reculons. Non pas que le texte ne me plût pas, mais comment se motiver quand on l'est pas pour son propre travail. J'y arriverais, car il faudra bien que je recrache. J'en vins à penser à ceux que l'écriture me fit croiser, souvent ce même genre de personnes qui m'avait mis un pied à l'étrier tout court, parfois sans le savoir, un pied au cul sur mon propre trou de balle à la con qui se prenait trop souvent pour un nombril. On a tous son héritage de lacunes... Je me suis dit une fois de plus que Vincent avait raison, et constatais ma marge de progression dans ce sens. Un sens qui tend les bras, pas un de ceux qui infléchissent ou pointent une direction. Ça pique moins la main, ça arrache moins la gueule, quand on tâtonne. L'angle se referme, et pourtant il n'est pas plat.


      On m'avait interrogé sur ce que je voulais faire, quelques jours auparavant. C'est que c'en était une, de ces périodes où l'on croise, à dessein, pour mieux s'intégrer, pour mieux s'interroger, aussi. J'avais déjà craché à la gueule du monde, de la politique, de la rurbanisation. J'avais trouvé ma propre réponse à l'engagement. C'était la même réponse qu'il y avait finalement à faire à la question de ce que j'étais, lorsque j'étais planté aux côtés d'écrivains, de poètes. Non, je ne suis pas poète. J'écris. C'est déjà bien assez. J'ÉCRIS, c'est déjà suffisant. Il n'y a pas d'étiquette supplémentaire à agrafer sur ma couenne de mammifère. Et quoi alors, ce qu'on voudra que ce soit... qui n'est à peine le propos. Ces derniers mois n'ont été que cela, toujours plus nettement, écrire une vie digérée, c'est-à-dire recrachée. Imbibée de l'urgence de la patience. Une menuiserie de mots transpirant leur cadre. Une restauration de l'ancien qui permette la circulation, la respiration. Tous les travaux engagés n'étaient en fin de compte qu'une restauration, une succession de décroissances luttant contre l'impératif de la consommation, du déplacement de l'homme en simple produit. L'on s'échauffe à n'être plus que des consommables qui se consument.


      Le seul « neuf » qui a passé la porte récemment sont ces livres, souvent signés, d'idées, de vie, de conception qui se refont, qui luttent à leur façon. Le tissu humain est comme ces carnets de papier, il comporte sur sa page blanche les ratures des pages précédentes. Le crayon bute parfois sur les sillons. Et contrairement à ces carnets qui s'entassent dans les angles des étagères, on signe sur des pages perpétuelles. On fait renaître, on renaît, on conçoit de la vie. En vrai ou en tête on s'équilibre sur du papier, on équilibre du papier se mettre debout une fragilité qui ne tient pas de place n'a pas de place à tenir, juste tenir. A naître. Comme le mur le meuble décapés grattés rabotés jointés polis patinés, matières mâchées et remâchées. Pas pour faire beau, pas pour orner, habiller rencogner s'en cogner faire style, il y a à dénuder les fils, désosser des crans pour y mettre les doigts savoir pourquoi les doigts savoir mettre à plat. Une matière réelle qui ne sonne pas creux, ne se décomposera pas à la première drache.


     A reconstruire, apporter comme peut si peu une certaine épaisseur au papier, en essayant à se dépiauter les doigts de ne pas y aller jusqu'à l'os. Il y a d'autres petits papiers dans la poche de l'imper, une autre liste d'autres courses, d'autres mesures d'autres bois, plus de paracétamol, la trace absente de quelques lignes à venir, et des nœuds qu'on ne sent qu'en roulant les doigts.



     

samedi 22 mars 2014

Du contemporain des nuits





Au fil des lectures
de toutes ces nuits
d'auteurs contemporains
au fil de toutes ces nuits
de lecture contemporaine
je suis frappé par cette
certaine solitude certaine
qui émane de ces écritures
et dans la nuit
je me console
en me disant que
je suis moi aussi
( au moins )
bien contemporain



 

mercredi 29 janvier 2014

mardi 28 janvier 2014

De la circulation des échanges





écrire


/s'/occuper
˽
< antre >

rature
et
rognure

vivre
Ʌ
 les dents          l'ongle    



  

vendredi 29 novembre 2013

Ni l'un ni l'autre



 
J'ai fait ma journée de 12 heures celle qui arrive pas très souvent qui arrive de temps en temps qui arrive régulièrement la journée repassait de son fer lancer saluer asseyez-vous programme affiché des mines grattées vous prendrez la séance ne pas enregistrer autrement que manuellement une seule main pour pouvoir causer attendre la parole venir claquer dans la paume rebondir dans la bouche pendant qu'ils se l'envoient dans la gueule suis resté un enfant

voulais les abandonner fichier effacé sur les lignes de ceux que je garde de côté trop fatigué à pouvoir les regarder au coucher le laps de feuilleter deux burroughs le chat a vu la lumière il tente les chiens se sont levés m'dire d'aller me recoucher mais les dents mordent si fort la tête la mâchoire et le crâne ne veux pas me redonner à la nuit qui n'veut pas dormir

puis un michaux nous deux encore m'est tombé j'en aurai presque brai c'était tout sur une feuille de papier compris pourquoi ma peau ne pouvait apparaître suis resté un enfant les mots n'ont pas plus corps que corps les uns hommes claquent du corps dans les mots les autres hommes font claquer les mots dans le corps je n'étais suis ni des uns ni des autres il n'y a jamais que ma gueule de claquée



 

lundi 9 septembre 2013

Un cailllou dans la bouche





Bien sûr qu'il savait parler, petit. Mais ce n'est qu'il y a peu qu'il s'était rendu compte. S'en était rendu compte. Ces premiers mots raisonnés, ordonnés de pensées, il les avait articulés, il les avait appris avec des mots de colère qui n'étaient pas les siens. Une colère qui n'était pas la sienne. Une colère qui l'effrayait. Alors les premières années il ne s'en était pas servi. Il garda encore quelques années ce langage intelligible et utilitaire, ce langage inintelligent. Avec ses mots. Jouer Manger Pisser Fatigue Dormir.
Puis, progressivement, il apprit à les enrober. Car il faut bien parler, car il faut bien échanger. Il faut bien grandir. Il apprit à les enrober, un peu comme des friandises. Enrobés de mots-sucrettes ou de voix douce. Il ne voulait pas qu'on les entende, ceux de colère, qu'ils s'attachent dans le pavillon de ceux qui les entendaient comme ils s'étaient incrustés dans le sien. Qu'ils marquent ailleurs comme ils l'avaient marqué. Il avait appris à parler avec des mots de colère. De là lui venait certainement la sienne.
Pour mieux les enrober, mais aussi tuer le temps en ouvrant ses tripes et les étaler, faire durer jusqu'à, jusqu'à ce que, il s'était mis à lire. Non pas, à dévorer des livres. Il apprit comment on met un mot plutôt qu'un autre, comment on omet un mot, comment on commet poliment. Alors sa voix prit d'autres mots, et en même temps qu'il enrichissait son vocabulaire, il grandissait ses pensées. Seulement il n'y avait personne derrière le livre pour répondre à ses questions. Il n'y avait personne pour écouter cette voix qui s'assourdissait.
Pour autour, c'était un gentil garçon qui marmonnait au lieu de parler. De toute façon, il n'avait rien d'intéressant à dire. Qu'aurait-il pu bien avoir à dire, de toute façon. Lire Manger Pisser Asperges Dormir. Peu grand chose de plus, de plus il n'était pas drôle. Cette voix s'assourdissait et butait, trébuchait comme si elle rencontrait des nids de poules dans l'air. C'était un garçon monocorde. On pensait bien qu'il ne pensait rien.
Puis, progressivement, la colère le prit l'enroba. Car elle était toujours présente. Car il faut bien vider. Lorsqu'elle fut trop présente, si présente qu'il n'entendait plus qu'elle, il essaya de lui parler. Il lui parla, mais avec cette voix là, elle ne l'entendit pas. Alors il prit ses propres mots à elle, alors elle l'entendit. Et se fâcha derechef. Elle se fâcha si fort qu'elle s'imprima sur lui, en lui. Elle était devant lui, elle était dans sa bouche, dans la vibration de ses cordes. Était la vibration de ses cordes. Tant et tant qu'il ne pouvait ouvrir la bouche sans qu'elle soit avec lui. Même si les lèvres closes, on ne voyait rien. Rien ne transperçait. Que la colère en dedans. Il tenta de s'écarter d'elle. S'en écarta. Crut s'en écarter.
Fit un pas dans le silence. Y retrouva les mots calmes qui seyaient à l'apparent calme de sa personne. Olympien disait-on. A connaître un peu les mythes grecs, ce n'est pas l'adjectif qu'il eut choisi lui-même. Les histoires de leurs dieux et héros ne découlent généralement pas d'une conduite ataraxique.
Que peuvent construire colère et silence ? Quel enfantement d'homme à venir ? En colère et silence. Il s'immergea dans les mots à éjaculer précocement des phrases noyées. Des saisines, des saisies brutes sur lesquelles se râper. Dans lesquelles se noyer comme dans de la sciure. Jusqu'à ce que de la bouche pleine et pâteuse plus rien n'en sorte, n'en puisse sortir. Que plus rien n'emporte. Sa voix prit encore un octave et un peu d'air. Lèvres plus fines encore.
Et encore un peu. Apprendre à respirer. Lentement. Que la respiration soit aussi douce que ces mots-sucrettes. Que la peau râpée de la voix se lisse comme l'apparence calme. Pour qu'aucune colère ne puisse remonter du larynx en s'y accrochant. Pour qu'aucune colère ne puisse redescendre en lui rencontrer et raviver la sienne. Qu'elle ne batte pavillon noir, gangrène noire partie de l'oreille, partie dedans. Un trait de lèvres légèrement retroussé.
Expirer, ne plus en être bousculer du corps des autres. Inspirer, ne pas en être ni miroir ni carnation. N'en être plus tambour, résonance où l'autre battre propre sa voix, laisser prendre prise à sa propre colère. Nulle prise. L'on comprend de moins en moins qu'il n'est pas uniquement de caractère fort que chez celui qui gueule fort. Mais la facilité raccourcit. La facilité de suivre un schème commun d'accords sans concevoir qu'il y a justement de la faiblesse dans la nécessité de devoir gueuler pour se faire entendre. Qu'il y a faiblesse à partir de l'instant où la voix se doit d'imposer le mot par le ton et sa tenue. Qu'il y a faiblesse lorsque le mot ne se tient plus. Le mot sait se suffire.
Lui bannit ces mots-là, ces tons-là. Du moins tente. Apprendre à parler, c'est apprendre à respirer. Peu à peu il respire, et à voir peut-être seulement cette palpitation trachéenne. Il ne sait pas, il ne peut pas tout effacer, tout gommer, tout lisser, mais c'est l'épaisseur du souffle qui tamponne. Il s'épaissit. Ainsi perdit-il certaines parts de ce que certains nomment cœur. Pierre friable. Pierre sans avis. Pierre. A décocher des regards de l'autre comme des coups de pied. Il en faut bientôt plus pour le bouger. L'inertie concède une force.
Dans ce trait de lèvres, l'on pouvait y voir le caractère de la résignation, alors que l'on n'entendait l'abnégation. Sur les lèvres lisses l'autre veut y lire, y mire son propre atavisme. Il y pose ses propres mots, les laisse l'emporter lui-même dans les lettres de son propre caractère, il s'emmène seul ce faisant, se prête à lui-même, lui prête ses colères, ses contradictions. Le garçon ne répond, ne rend, ne donne, ne prend la mouche, lui laisse sa merde. L'apprentissage du langage par des mots de colère inculque mieux la force du verbe et celle du silence. Il n'y avait plus de brèche en lui pour la colère de l'autre. Il s'épaissit.
Il n'y avait aussi plus de brèche en lui pour l'amour de l'autre. Plus de fissures si lui-même ne s'ébréchait. Alors lorsqu'il répondit en silence aux mots mièvres et couchés de son père. Et lorsque son père reçut le silence plutôt qu'une mascarade de gratitude pour sa carte, il ne l'appela toujours pas. Irresponsable du pouvoir des mots, ce dernier clôtura la mémoire de la naissance de son fils d'une lettre d'adieux, de reproches étouffés, de souvenirs mal placés. Toujours d'un seul côté. Il vit encore ce qu'il avait envie de voir, dit ce qu'il avait envie d'entendre. Il enverrait quand même un pécule de sa retraite pour le tout-petit, car il restait grand-père, même sans le voir.
L'homme se facilitait encore la tâche. Il n'avait pas vraiment le désir d'entendre, seulement sa propre colère, celle qu'il prêtait aussi à son fils. Lequel échangea une latitude contre une autre. Ne joua pas le jeu qu'il n'avait pas choisi. Il prit le combiné résoudre la colère de l'homme. On ne peut exiger entendre la voix de l'un sans se donner la peine de s'adresser à lui. Il lui enroba une journée pleine, un temps pressé, compressé d'impératifs, s'excusa un peu, piqua un peu sa réaction, lui rendit la dérision qu'elle n'avait pas.
Il avait appris à parler avec des mots de colère qui n'étaient pas les siens. Il apprit à répondre à la colère des siens. Il apprit à leur rendre sans y adjoindre de valeur ajoutée, sans surenchère. A l'autre de reprendre sa propre colère. Sa propre colère et la force de ses propres mots. La colère s'en revient toujours d'où elle part. Cette façon irritait, on lui prêtait tout : lâcheté, fuite, faiblesse, transparence. Néanmoins lui était debout et regardait. Lui n'avait plus besoin de gueuler.
Elle était là pourtant, dans sa gueule, la colère. Sous-jacente. Latente. Elle était là mais il n'avait besoin de l'envoyer dans la gueule des autres. Il n'avait pas besoin du miroir de l'autre pour s'y confronter, pour l'affronter. Elle redescend toujours. Elle descend toujours s'asseoir sur sa pierre. Mais il n'avait plus besoin de fronde pour la jeter. Sa force conservée lui permettait à lui de se dresser. Et de muer en roc un caillou.


 

samedi 10 août 2013

Du remembrement



 
Ressemble
moi s'assemble
dis-semble
dissemble
dis-moi

quinze ans à être
quinze à défaire
refaire
faire
pré-faire

préfère
ne plus
dis
dis-re
redire encore

encore
du mal
du corps
du mal
cors à causer

court
tout
encore
quand l'on me reconnaît
c'est un autre

celle-là
c'est la même
parait-il
parait-île
paumée

à peine portée
la paume
elle attend
tout juste retournée
affaissée       ressac

qui tourne
d'avant à l'arrière
d'avant à derrière
elle attend rien
et l'on se reconnaît

sans dire
sans mots
sans mots dire
on joue de l’œil
sans se regarder

à peine
la nôtre
dissemblable
dis-semblable
quinze ans

tout confondu
tout fondu
dans le même
tout le fond
au fond

pas très grave
pas de     voix
puits
puis
s'étire

s'éthère
d'avoir touché
du mensonge à l’œil
du ciment
quand ça prend

ça se       prend
rendre la parole
la voix
et ne dire rien
rien de plus qu'on

ne dit à quinze ans
jusqu'à trouver
le
la
que dis-tu

on se reconnaît
parfois
même si ça prend
du temps
miroir déformant

miroir difformant
miroir dis-semblable
à lice s'assemble-t-on
on a pu se dés-apprendre
peut-être parcelle parce que

l'on ne se miroite pas
ne se ment pas
ne se dit rien
de cela            rendre
a-t-on jamais le temps

a-t-on jamais
laiton laiteux laitue l'est-on
l'es-tu
est-on
l'air n'entend


 

samedi 25 mai 2013

De l'once du drap



 
s'étire
se retire
se tord un peu
se retire
s'entend
sourde
n'ourde
s'ourle
tord un peu
l'autre
son œil
pourtant
reste

je ne suis qu'un tissu de mots
tout ce que j'ai c'est de la force de mes bras c'est la force de mes bras sans possession je ne suis que l'attribut de mes obsessions
c'est dans la paume de la main la paume du crâne
tout ce que j'ai c'est toi
je ne dirai jamais plus rien que dire je dis sans promesse juste dire la force des mots dits la force dans les mots les mots qui figurent figent mon tissu cellulaire dans la doublure de mensonge et la braguette de songe à relever quand il fait un peu froid la force de leur absence
vaisseau et sève qui est qui le mot l'enveloppe et toi le contenu et toi l'épaisseur le temps de l'écriture l'écriture dans le temps la rature le tendon à l'os mais que ronge alors
ce n'est qu'un tissu de mots qui ne savent pas se dire dire disloqués qu'on y voit à travers qui ne tient pas chaud ce n'est que les mots des autres qui tiennent chaud
paroi isolée
économie d'économie
passée à l'économe

blocs de voix voix rauque de vent des poumons de vent de poumons
à vieillir peau de rides est-ce la peau le mot qui se replie glisser le doigt entre les lignes et y lire lire le recoin le creux sentir le fin la doublure tannée derrière s'y heurter l'impression les traits du racloir les traits noirs signes encodage frontière se heurter devant au derrière
longer passer la frontière comme un mur à abattre comme battre soi et quand s'effondre retombe le tissu de mots il y a encore le mot
passé à l'économe

dis qu'est-ce que je bave
faut-il un plus gros couteau dégrossir encore le film la finesse passe ça passe déjà au travers ça ne perce pas l'opacité c'est de la lumière éteinte dans la lumière le fil a la couleur de la réfraction la couleur de la rétractation c'est que ça laisse filer autant que ça renvoie qui perçoit c'est déformé on ne connaît que ça
on ne voit que la déformation qui n'est plus que la forme et quelle est la forme alors
on ne peut quand même pas porter ses mots
on ne peut quand même pas porter ses mots sur le visage sur le corps on ne peut pas se dénuder comme ça

il en faut du tissu
et des lames pour le tailler
texture texturé texte urée absorption et déjection on ne sait plus d'où vient le travail si c'en est un une la peau du chagrin
quand je me nappe dans la peau de mots c'est toi qu'elle recouvre la peau de chaleur de mon absence
on n'a pas compris comment ça commence et on ne sait pas quand ça finit c'est un tissu sans fin déroulé d'en haut il s'enroule au bas oui au bas mot au bas du mot le pied de la lettre
la fin c'est un autre début et tout ça...

passé de travers on tient chacun son fil par le même bout touche et boute où peut-on et tire chacun dessus ça semble toujours trop court pour se dévêtir on revêt et même ce qui ne revêt pas le corps est porté avec soi tire on tire
on tire tire à vide
je tire les mains vides


 

vendredi 22 mars 2013

Des mines




Interstice
inter sidérant
du verbe

la mine de plomb
courante
sur la feuille

et dehors
la mine coule
sans tirant

et la feuille
dessine
dans le courant

laisser venir
l'eau
et la ride

synergie
inter cellulaires
des intervalles

et ta mine, à toi ?
tu l'as vue ?


- si creusée -

mardi 19 mars 2013

De la consistance des mirages



 
ce goéland qui fait le pèlerin
lampadaire auto-routier du macadam

c'est facile il y a ceux qui rayonnent les illuminés les éteints les déteints ceux qu'on tait et les autres encore

ce goéland qui porte le bas du ciel
sur le bout de ses ailes

il y a l'obligé tenu par l'obscurité conscient de l'obscurité tenu d'en faire de la lumière pour y voir un peu clair

ce goéland qui ne bouge
pas d'un poil de plume

ténu intérieur transparent ils décochent ils décrochent les regards de travers au mieux à travers car on n'y voit

ce goéland qui creuse immobile
un sillon sans traîne

il y a à faire ce n'est pas parce que c'est invisible que ça n'existe pas on dit le noir mais le vide est incolore et ce n'est pas s'en sortir et ce n'est pas creuser c'est remonter dit c'est transcender de la nuit blanche du noir incolore il y a la certaine transparence glissée dans une conscience alternative l'alternance des faisceaux à déguster à diriger l'intelligibilité du monde qui se braque en soi abîmée dans l'image de soi et son miroir désespéré une possession qui possède quant à quant à ce qui désespère l'autre qui s'exaspère de ne voir c'est qu'elle est nécessaire l'auto-suffisance la nécessité de l'auto-confiance l'assurance fausse faussée de soi et son absence compter dessus s’asseoir dessus à savoir se trouver dessous à côté et à regarder et à y regarder voir là-dedans la beauté y voir là la beauté et faire un peu plus que s'en accommoder et faire un peu moins que savoir l'énoncer ce n'est pas parce que c'est invisible que ça se prononce encore moins bien moins que ça se dit car comment dire quelque chose qui n'existe pas car c'est facile il y a les autres encore ceux qu'on tait les déteints les éteints les illuminés ceux qui rayonnent et quelques obligés tenus de l'intérieur tenus par l'intérieur et l'exigence du mouvement de béance il y a beau tout ingérer il y a beau se détacher l'absorption de matière doit ressortir coûte que coûte écoper il y a à échopper la matière pour déposséder un peu se posséder un peu respirer et se trouver capable de qui sait capable de quelque chose qui sait qui se rapprocherait de la beauté

ce goéland qui fait le pèlerin
tait un demi-mensonge une demi-vérité
de laisser croire fixé sur ce point
de ciel qu'il n'en a pas bougé


 

samedi 9 mars 2013

De l'assise des fondements



Vois-tu, j'y pensais depuis quelques jours. J'avais bien compris l'injonction, mais avais bien du mal à y répondre. C'est que je suis d'une nature un peu lente. Il faut toujours un certain temps d'intériorisation. A ressasser, ça s'est enfin éclairé, en travaillant une photographie. Ça semble facile, parfois, écrire. Ou non, justement. A écrire régulièrement, depuis certes peu, je reste impressionné par ceux qui trouve le bon mot, jour après jour. Je dois trucher, pour ma part, pour être honnête. Quand rien ne vient, ce qui arrive assez souvent, quand l'image mentale ne s'impose pas d'elle-même, je cherche à l'extérieur, dans les vues glanées ci et là.
Et ce matin, j'ai ouvert cette photographie d'arbre, ce détail de tronc pris pendant le grand froid, dont la couleur m'avais frappé. Je la passe en niveaux de gris, et contemple, espérant le déclic. Ça a toujours été un motif important, l'arbre. Il figure d'ailleurs dans le premier texte de ma remise en route. Ainsi je contemple, et rien. Alors trêve. Il ne sert à rien de creuser le vide, s'il ne soulève ni poussières, ni matière à.
Puis l'article lu au matin sur la poésie et les poètes d'aujourd'hui m'est revenu à l'esprit. Avec ce court entretien où l'on m'invitait à proposer des textes pour défendre « ma poésie ». Et tout s'est mis en place. J'ai compris pourquoi j'avais eu temps de mal à trouver quoi en dire, à trouver quoi proposer. J'ai compris pourquoi, si on me le demandait, j'aurai tant de mal à parler de « ma poésie », comme j'ai tant de mal à me considérer « poète ». Alors quand il s'agit de défendre « ma poésie »...
C'est elle qui est une peau, comme le lichen au tronc de l'arbre. Comme elle est aussi un composant de la sève. Qu'entre autres mousses, elle me colore, autorise des nuances. Un cardinal additionnel. Un Nord nécessaire. Tout comme la mer. Celle d'en haut. Celle qui porte le bleu, le vrai, je veux dire. Celui qui ressemble aux bleus des corps, avec ses colorations changeantes. Bref, celle qui porte des bleus qui ont toutes les couleurs, sauf le bleu.
Je veux bien admettre être auteur, comme l'auteur d'une lettre, d'un courrier. Ce ne sont que des courriers, que j'écris. Expéditeur, l'instinct, la viscère ; destinataire, l'inconnu, le miséricordieux, le curieux. Il me faut bien le reconnaître, j'ai repris l'écriture comme elle m'a repris. Elle était nécessaire, impérieuse. Il était nécessaire de réajuster les cadrans, de rééquilibrer les câbles, pour reprendre la large. Oser reprendre le large. Il me faut bien le reconnaître, abstraction toute faite des contingences de qualité ou d'intérêt pour l'autre, la poésie est viscérale. C'est elle qui me défend, et qui pour une part, permet d'être. Peut-être un jour serai-je assez grand pour m'émanciper, alors peut-être serai-je capable de la défendre à mon tour.


 

dimanche 3 février 2013

De celle-là

 


- Le jour où je la regarderai en face, elle sera déjà derrière moi

 
ce sera bien plus facile



pour nous deux -
  
  
 

mardi 22 janvier 2013

De la photographie


  
  
J'allais tu sais j'allais mettre quelque chose de doux souvent la certitude est là la certitude elle est là que je peux évanouir le reste que je peux tu sais j'en ai déjà parler absoudre les sons l'autour par l'entourloupe d'une fixation de la fixation regarder loin devant et entendre par les yeux ce que je ne vois pas ce que je ne peux plus voir alors là la certitude elle est là il n'y a plus rien d'autre et pourtant j'entends et je vois quand même je suis coupé et le fil de sang me relie quand même et j'appréhende le tout qui se dissèque seul et ne me touche que ce qui importe que ce qui est là-bas loin seulement il y a ces jours le sais-tu tu le sais je te tutoie un peu je me tutoie c'est une façon de me tuer ce n'est pas à toi que je parle ce n'est à personne c'est juste pour sortir parce qu'il y a ces jours où ils ne suffisent pas ces jours où les yeux sortent sans permettre de rentrer en soi sortir les yeux gros du ventre alors qu'ils pendent jusqu'à terre alors qu'ils traînent à terre là c'est un jour comme ça c'est un jour où je livre et c'est tout c'est un jour où je délivre alors que j'allais tu sais mettre quelque chose de doux un peu mièvre un peu sec faut des deux toujours il paraît il y a les deux toujours mais non ce sera pour plus tard car j'ai essayé aujourd'hui j'ai bien j'ai essayé j'y ai bien mis du mal et sans succès alors je livre je délivre c'est pas mal je ne te dirai si ça marche mais c'est comme ça c'est toujours comme ça même dans les formes tu sais ces vieilles formes à quand on met des rimes ou pire des vers des jolis vers mesurés qui pourtant débordent c'est parce que c'est ce que je connaissais en fin de compte comme ces formes aussi qui se sentent qui ne se sentent et s'obligent à insérer du merde bite et couille ou morve avec une jolie image à casser à caser ah ces besoins le besoin de c'est plutôt ce serait plutôt comme ça que je verbalise un peu mettre à l'amende du langage le monde la préhension mais qu'on s'en fiche que je m'en fiche après j'oublie on oublie tout et rien en fait oui l'habitude je connais Jacques aussi je disais ça coule c'est une diatribe un continu lorsque tu additionnes le ressenti et le sentiment tu obtiens le ressentiment et des conneries annexes je retiens ça tu bondis si je te dis c'est toujours ainsi c'est un continuum il n'y a pas pas vraiment de travail si dedans c'est dedans mais ça passe que ça passe la frontière du sang d'encre je relis je change oui les fautes et encore et point barre c'est peut-être la différence avec les autres c'est peut-être la différence avec le reste ce qui reste tout ce qui reste la musique elle est là à se voir et là et aujourd'hui tous ces sons j'ai beau crié ils restent je suis parasité ils sont pleins comme je suis plein mais pas saoul des sons pas des sons des bruits des pollutions des assoiffés qui t'assaillent tu sais comme légion mais sans purge et sans salut les contradictions des demandes des missions des ordres transmis à transmettre c'est bien long c'est bien trop long pour être en loup de mer et pourtant ils me débordent les bruits impossible d'en faire silence je tends les yeux les oreilles un peu plus un peu plus loin mais il n'est pas là il ne veut pas faire silence je n'arrive pas à faire silence de tous de tout ces sons même en criant même en taisant c'est laborieux je sais bien comme la lecture comme l'écriture mais c'est cela c'est un flot l'instantané un peu la tannée parfois comme là comme le jour où la certitude elle n'est pas là où elle devrait juste parce que juste parce que je n'arrive pas pas à faire cesser le bruit ça se rejoint le son là est de dehors est du dehors mais dedans pourtant il ne sort pas ne veut pas sortir faire silence je sais bien comme l'écriture comme la lecture mais c'est cela ils viennent puis se barrent et le reste et ça aussi comme ils disent c'est de la littérature oui des conneries peut-être peu palpables pourtant je le tiens ou il me tient et me serre et je pourrai j'arriverai à lui tordre le coup à ce bruit alors je te tutoie comme ça je tue moi un peu ces parts-là se partitionnement s'incisent cartharsisent alors merde ce devait être doux c'est plus un pavé dans le palais à oublier quand quand ils seront partis ces sons ces putains de sons quand tu cherches quand je cherche le sentiment et le ressenti ce sera peut-être demain le silence sera fait à l'intérieur il y en a d'autres il y en aura d'autres comme tout le monde comme le monde entier qui te fais chier quand il rentre chez toi quand il rentre en toi et que désolé pour le coffrage j'avais pas la clef et le pied de biche pour livrer sans les planches avec uniquement l’offuscation la suffocation de l'esprit tu sépareras l'ivraie du livré toi-même j'ai besoin des deux mains pour la prise de tête pour me tenir le crâne parce que je retiens que le ressenti et le sentiment accouchent du ressentiment et que j'ai besoin de me coucher
  
  
  

lundi 31 décembre 2012

Consigné à disparaître





Tout ce qu'il y a eu, y aura, y a là. La même trace que le sélène de la lune. Qui laisse même moins que le souvenir. Avec un peu de temps, avec un peu de chance. Si l'on veut. Je le vois bien, c'est un peu comme mon père. Je le vois encore me tendre, presque gêné, ces petits classeurs où s'accumulent ces feuillets noirs et jaunes. Noirs dedans et jaunes autour. Plein de sensible, plein de son sensible. Que j'ai ouvert. Que je n'ai pas lu. Que mon fils ne lira pas. Pas plus qu'il ne me lira. Qu'il ne lira mes propres feuillets. Dactylographiés, classés, sériés, reliés. Classés. Hors. Pourtant je le ferai. Je lui tendrai aussi ces liasses, tout d'espoir et d'embarras. Comme je le fais déjà, alignés eux aussi sur des murs. Sur d'autres murs, virtuels, inconsistants, apparaissant dans le fond de quelques boites de quelques autres. En me demandant. En oubliant, comme eux, comme lui.
J'alignerai encore un peu quelques feuillets reliés, quelques liasses. Qui ne trouveront aucune bibliothèque. Car je ne tiendrai jamais la longueur. Car je ne tiens jamais la longueur. Pérennité. Parce que je veux éviter cette confrontation d'avec l'autre, d'avec moi-même, en soi. Cette confrontation esquissée dans les numéros, qui reste sans réponses. Cette confrontation esquivée, d'entendre silencieusement que l'intérieur ne trouve pas l'écho à se trouver dehors. Quelques feuillets qui trouveront eux aussi un mur, une boîte. Un temps. Car je ne tiens jamais la longueur. Je regarde en arrière. Je m'y arraisonne. Et je ne peux que constater.

On peut bien se rendre compte, qu'il y a une permanence de l'inéquation. C'en est des rencontres. On eut pu croire, à la magie des rencontres. J'aurai voulu croire. Elles se font, et à se faire, se défont. Fondent peu à peu. Mais ce n'est que ça, des instants. Comme de l'écriture. C'est pour cela que l'on accepte. Cette étrange grammaire. Et sa loi fluctuante du jeu. C'est pour cela que l'on accepte, qu'on joue tendu tantôt, à tâtons. A la recherche de la détente. De cette suspension. Ce n'est pas tant la rencontre en elle-même, qui est magique, ce sont ces instants inégaux, illégaux, subtilisés à l'égrenage de l'horloge. Un temps, un temps.
Il semble qu'il s'agisse d'une connexion impermanente de sens, mais imperméable de raison. Dont l'identification diffère selon l'acteur. Il reste un point commun, doucement irrationnel. La sensation. Une sorte de chimie interne transitant par le corps pour achever sa transfiguration dans l'esprit. C'est cela, une mutation impalpable des cellules dont le retour se fait sur la vision que l'on a de l'environnement. Sa préhension et son appréhension. Une sorte de curiosité instantanée qui se marque après, avec toute la difficulté de son expression.
Le magique tiendrait d'une impression. L'impression de soi dans un oubli, où la coque n'est plus sur la mer, mais partie intégrante de la mer. Où jusqu'à la cale il n'y a plus d'éléments cloisonnés, nommables, mais tout a un seul nom qui ne se prononce pas. Qui n'a pas besoin d'être prononcé. Chacun des contours n'en est plus un, solidaire d'un espace où tous les intérieurs se touchent sans extérieur. Un espace où l'être n'est plus ni dedans ni dehors, mais avec. Fugacement. Où l'ensemble fragile est presque solide, tangible dans son éphémère. Et c'est sa fin qui le réalise.
Après avoir tant battu la campagne, à présent je bas les pages. Elle me le rendent... Je me demande souvent si, si j'arrêtais d'écrire, serait-ce comme si je rendais les armes ? Rendais l'âme ? L'âme ainsi aurait besoin d'armes, alors... Est-ce pour cela qu'elle nécessite de se battre ? La possession est donc une bataille. La dépossession serait une victoire. Comme si c'était une guerre... Mais il y a bien une certaine violence, une violence en soi à vouloir nommer ce qui fuit, nommer ce magique insaisissable. La conquête impossible de ce qui est passé. La conquête égoïste de l'ailleurs, de l'autre qui parle en soi. Et son don dans le triomphe de soi. Avec ou sans bibliothèque. On n'a pas besoin de bibliothèque, pour disparaître.
Oui, ça commence souvent de la même façon. Les rencontres, globalement, dans tous les sens et ses acceptions. Et parfois se produit un quelque chose de magie, un temps. Mais ça, ça ne fonctionne que d'une sorte, ça ne procède que d'une manière. Quand on tient la distance. Quand on se tient à distance. Mais pas trop, et pas sûr...
  
  
   

samedi 8 décembre 2012

D'entre-nous

  

Nous sommes

quelques traits

tirés
         tiraillés

déséquilibrés
                        ivres
ivraie
                        livrée

en plan

aux comètes


quelques points

ajoutés
              ajourés

une somme

dispersée
                 éparse


                                             une ligne
                             disparate                                                                disparue


quelques traits
                             fatigués

qui sourient

                       quand ils       se
reconnaissent


dans les traits

                       de l'autre
  
  
  

mardi 13 novembre 2012

De l'os qui ronge

  
  
Tant que le chien a l'os à ronger,
l'homme a le dessus.

Quand l'os a le chien à ronger,
l'homme a la descente.


        Déboulonner, déboutonner, dévisser, dévider, décaper, décapsuler, débrayer, débrailler, découper, défouler, descendre, détendre, et leur contraire demandent à tendre une tension torturée.

       Internement physique, où la conscience de la chose ne provient plus d'abord de la vision de l’œil, mais d'abord du corps. La sensation comme une annonciation non pas de la venue, mais de la vue. L'os donne à sentir puis à voir.
           
    Dérouiller, détourner, digérer, décliner, détacher, déplacer, dégrader, défaillir, décompter, déconfire, descendre, descendre, à contrario ne demandent qu'une courte attention, tendon entortillé.

         Internement physique, où la chose devient consciencieuse et lente déflagration, intégrée dans la chair. La chair comme exposition de la programmation anarchique de l'os qui se modèle à l'envie.
L'os donne à voir sans être vu.


Quand l'os a l'homme à ronger,
c'est la chair qui tient.