lundi 7 mai 2012

Du temps à passer


Il y a cinquante ans de cela, j'avais juste quinze ans. Après l'école, j'allais labourer. Là j'étais pour les betteraves. J'étais jamais à rien faire. Même le dimanche, on s'occupait des chevaux. Une après-midi, je m'en souviens, il était quatorze heures, c'est devenu noir. C'est tombé pendant deux heures.J'ai essayé de relever la charrue, qui s'était embourbée. Je me souviens, on n'avait pas de voiture, j'allais à pétroleuse par tous les temps. On le sentait, on se préparait pour, on avait toujours de quoi. Aujourd'hui, tout le monde a des voitures, on ne sent plus le temps. Ouais, en francs, ouais.
Avant, quand on voulait parler, on allait se voir, on discutait, aujourd'hui, il y a les téléphones portables. Le mien, il y a rien dedans, il est cassé, je paie une assurance d'un an, c'est des plateformes. On ne s'en sort plus. Une fois j'ai appelé, je me suis retrouvé à Cherbourg. Je paie une assurance, mais j'ai pas de téléphone.

Il est seize heures, il boit un rouge et l'autre une pression. Il y en a déjà un de payé. L'un parle haut, emplie le troquet, l'autre sourde, répond par mono-syllabes. Frais rasé, la coupe courte, poivrée. Le menton est bas, le front dans la connivence. Dessus les verres plats, l’œil pétille. Ces dames ont le petit jaune et la teinture vive.
Un à un, les cheveux gris passent le seuil, des yeux cherchent une place, un ami s'installant pas trop loin de l'autre, au cas où. Au cas où elle sera à être payée.

La solitude, même colorée, est un moment qu'on repousse le plus tard possible dans la journée.

dimanche 6 mai 2012

Des carrières

Pour faire carrière
nous n'avons besoin
de leurs bâtons, juste
de notre pas, partition
nos bâtons, nos crayons
notre propre écriture
dans les yeux et ses yeux
les nuances à ne pas
perdre de vue
le fil de l'eau
y allons

Des frontières




On attend toujours beaucoup de la légende. Il n'en vient jamais l'attendu, souvent beaucoup moins.
En attendant la nuit, la lumière se fond, et le décor floue. Et la silhouette n'est pas sûre de la frontière entre le tronc et l’œil. Bientôt le plafond sera au sol, l’œil couché peut-être, sans plus attendre.
On entend toujours beaucoup de la légende. Il n'en vient jamais l'attendu, s'en venir à l'écrire.


Suis bien sorti du Val sans Retour.

samedi 5 mai 2012

Des Labeurs terrestres II

Un geste en balancier. Il part d'avant vers l'avant, rase le sol et fait table rase du présent. Un immense pendule axé sur l'être, mue par l'amplitude des bras. L'un qui soutient, l'autre qui souligne la lame.
Un geste en balancier, séculaire et successible. Un geste d'avant, affecté des labeurs paysans. Un immense pendule, mue en mécanique du temps. De sexte à Vêpres, avancer le pas et le champs.
Le pas sur le foin qui craque comme la flammèche du feu, le pas qui rythme le champs, l'après-midi qui passe comme un temps sédentarisé sur une image d’Épinal. Et pourtant encore le son de la coupe.

vendredi 4 mai 2012

Des bascules




     Je pense souvent à ces instants. Ceux où tout bascule. Le passage d'un instant à un autre, irrémédiable. Ce passage d'où il n'est plus possible de revenir en arrière. Il invoque un déchirement, entre le corps, l'intérieur et le temps. La charnière entre deux points, fugace et marquée, grinçante, huilée.
      Je pense souvent à ces instants, puis, après d'autres, peux me dire, me dis, c'est bien.


De la cueillette : Des inters

Si un proche interpelle ta personne, tu t'interloques. Si un second proche interpelle ta personne, tu t'interroges. Si un troisième proche interpelle ta personne, tu t'introspectes. Ce sera un pas pour ton intellect.

jeudi 3 mai 2012

Des retours d'être allé

          Nous sommes assez vite sortis de Rouen, la route normande fut bien maussade, quoique rapide. La végétation est encore jaune, elle suggère, même foisonnante, qu'il a beaucoup plu ici. Le pays nous a accueilli d'une vaste brume, avant de nous rendre les vues bien connues. Nous avons fait un crochet par notre côte, grise, un peu triste, égale, mais pas assez pour en emprunter l'humeur.
Les bagages sont déjà déballés, le lave-linge tourne, lessive les derniers rayons qui tenaient aux fibres. Les souvenirs peints sur la céramique rangés sur les étagères. Ce sont les dernières traces tangibles de notre errance, celles encore palpables.
          Mon ami, ta région et ta compagnie ont toujours un goût de trop peu. Je sais bien, et retiens bien, qu'il y en a encore autant. Il y a tant de choses à voir, et tant à raconter. On s'en racontera, toutes les pierres ne sont pas retournées. Chez toi, c'est un peu un val sans retour, on n'en revient pas totalement. On t'a pris quelque chose, mais on en a laissé une autre.

mercredi 2 mai 2012

A la sirène

La sirène bat le rappel
appelle au rassemblement
cent et cent fourmis
à grouiller d'affinités
à s'affilier par labeur
à s'engouffrer en file
par les doubles battants
la mesure du programme

mardi 1 mai 2012

De la voracité


         D'abord quiet comme une aube. Son horizon embrumé renvoie des rayons vifs là où il voit, dans une lande encore pastelle. Un gazouillis vient tailler sporadiquement cette campagne. Puis un peu léger, en brise, puis affirmé, en rafales, un vent vient hacher la sérénité. Il vient taper le tambour, réclame sa pitance dans une accentuation exigeante. Lorqu’il dévore enfin, l'horizon avale la mixture de sa composition. Et fripon et satisfait, joue sa culpabilité sur la balance de son illumination tendre.