samedi 31 mars 2012

La mue

 

Opérer la mue, en conservant la coque et la quille d'origine
Guérison en Avalon, le repos royal avant le retour promis
Passage de l'onguent sur le rouge puis faire patte blanche
Se garnir la coquille de la légende que l'on s'écrit à l'épais



Des vues

De la navigation




J'ai la barque percée, les mains pour écoper
le vent plat, les poumons pour souffler
la dérive pliée, une rame pour diriger
quand tout prend l'eau, qu'il n'y a qu'horizon
le bois blanchi flotte et finit toujours
par rejoindre la rive
la lumière sourire à la chute de l’œil
sur le désert marri et marin
l'on croise le vol des oiseaux blancs
et la migration des baleines
suivre les ours vers les côtes
dessus les glaces et les banquises célestes
le regard tendu du coucher orange
aux collines jaunes.

L'oyat frémit, l'ouïe farcie, l'onde férit
                 je sens la rive



Des vues, Brève

De la cueillette : Du dehors

Qui n'a dormi dehors en retrait des chemins, hors des regards, ne sait rien, rigoureusement, de la retraite et de la solitude.

vendredi 30 mars 2012

A la porte

Être terrestre je dirai
que la mer commence à mes pieds
finit où elle n'est plus épiée
Mais de la mer n'y connais
moi qui ne fut jamais marin
Ces mots-là sont comme une mer
miniature d'une grammaire
que ces pauvres mots de terriens
Commune ancre portée de l'être
Comme l'être doit se porter
plus loin qu'une interne portée
commune encre qu'il faut émettre
très loin pourtant d'un pentateuque
Opprimé de n'être comite
échoué de dunes troglodytes
elle ne joue de limites que
celles de l'être qui l'exprime
en marinier mouvant ses os
sur sable versé vers ces eaux
et le vin plus que dans la rime

Aussi je n'ai de prétention
de pénitence de pêcheur
ni de l'errance du pécheur
mais d'imputer cette tension
de l’apprêter de tous ces mots
Je ne gage que l'âpreté
ne joue que quelques à peu près
en caquetant dans le mélo
Ce faisant j'en garde les clefs
n'étant certain que de ne l'être
cerné englosé par la lettre
point dégagé des rocs cerclés
J'en ai ré-ouvert l'embrasure
et le courant tout s'infiltrant
reste le premier impétrant
discourant dans mes commissures
Reste en connue mon équation
d'avec mon monde néanmoins
de ce monde lointain témoin
inconnu sans adéquation



La marée

mercredi 28 mars 2012

Interme/r/de

     Et si je vous disais qu'hier je vous ai délivré le dernier mot des marées. Si je vous disais qu'il m'a fallu une année pour m'en détacher. Que si la marée va et revient, la dune aussi avance, mais elle, ne se retire pas. Que les brèves sont bien jolies, mais ne sont pas le fond de mon encre. Cette encre arrachée au couteau sur les rochers verts et noirs, et glissants, cette encre remontée dessous les eaux, moi qui n'aime pas me mouiller. A présent que la chair est extraite, reste-t-il du corail à gratter ? J'en suis à la fois dénudé, le coquillage vidé, et tout aussi désemparé que lorsque je les ai commencé. A se dire à présent à quoi bon, mais ai-je tout donné ? C'est une page revue, et pour en être revenu, ce n'est vidé ni empli, mais refait, faut-il tourner ? N'en reviendrait-il pas à retourner vainement un courant en vase clos, ainsi garder une marée en bocal ? Absurdité...


 
      Qui plus j'ai en l'esprit les mots parasités d'un autre, sa musique comme un écueil, le récif où l'on s'accroche, mais dont il faut se libérer. Alors sans l'habitude, presque à contre-cœur, je vous donnerai ses mots, les lui emprunterai, en partagerai le secret, en attendant de me renouveler. En attendant de voir si le courant peut encore m'apporter de ces vaisseaux nacrés, de ces squelettes d'oursins, d'autres os de seiches sculptés. Car il est bien vrai, «  Un bateau, ça dépend comment / On l’arrime au port de justesse »... Ainsi vous laisse à Léo...


 
La marée, je l’ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l’arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j’en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l’écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
Ö l’ange des plaisirs perdus
Ö rumeurs d’une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu’un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ö parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j’allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d’aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tans
Qu’on dirait l’Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s’immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu’on pressent
Quand on pressent l’entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D’où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l’arc copain où je m’aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l’anathème
Comme l’ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S’en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C’est fini, la mer, c’est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d’infini...
Quand la mer bergère m’appelle

La mémoire et la mer, Léo Ferré



 Calibrage

mardi 27 mars 2012

Du piètement




Ce n'est pas parce que je suis
debout la nuit
que je me sens moins petit.
Alors, adossé, je m'accroupis,
une chaleur canine sur les genoux,
l'autre truffe, dressée, dans mon oreille.
Ainsi, nous sommes sur le même pied.



 Des vues, Quotidien

L'écume en tonneau

Toutes les empreintes de mer ne font qu'érafler les grains, toutes les morsures de mer ne font que griffer la pierre. La dune recule et la falaise s'accule, comme les rides et les plis se dessinent sur la feuille. La mine se fatigue, devant le geste inlassable qui balaie toute permanence. Mon auteur, si je te relis, tes mots ont changé. Mon aurore, ton miroir glisse sur les éclats des vagues. Mon enfant, le courant de ton regard enveloppe bien des lumières.
Le temps perce, mais l'essence ?
Les heures en perce, mais que brûle ?
Je comprends bien, mettre l'écume en tonneau...
Les vérités des autres coûtent, et nous sommes bien misérables. Le sel élime les mailles, l'eau les resserre, pourtant les toiles sont tendues, figeant partialement des images partielles. Lors en s'exposant, les tableaux s'imposent, posant la question du partage, de la persistance, mais aussi du schisme et de la violence du morcellement. Ne sont délivrées que des palettes qui se délavent, des instantanées qui s'entêtent à fixer des fuites. Et opiniâtres, les pinceaux et les plumes pourtant s'obstinent à transmettre des instants binaires et des pertinences lunaires.
Les yeux percent, et l'essence.
Les heures en perce, mais que ne brûle ?
Je comprends bien, mettre l'écume en tonneau...
La présence et ses désirs égratignent le papier, tandis que la marche abîme les traces et ses volontés. Dessous l'écume, l'eau volage vainc, si s'en va, reste néanmoins et revient de corps. Mon auteur, à te relire, tes mots m'auront tout dit. Mon aurore, les teintes des vagues se mireront du crépuscule. Mon enfant, les rais même hagards, même sans regard, n'en sont pas moins vrais.
Le temps erre, et l'essence.
La permanence perce l'Horloge et rend nul.
Je comprends bien, mettre l'écume en tonneau...



La marée

De la cueillette : De la canne II

A l'usage de la canne, par ailleurs, l'on apprend à arrêter le coup. Ceci pour éviter deux retournements : l'entraînement de l'être par le geste, et le retour du bâton contre l'être.

De la cueillette : De la canne I

 l'usage de la canne