mercredi 12 septembre 2012

De la bave, et de ce qu'on en fait

  
  
          Dans ce qui bave, c'est d'abord la coulure d'une idée, de l'esprit, du rien, descendant par la main jusqu'à la page. Puis ça s'étire, comme une crasse compacte qui cherche dans son étalage un esthétisme qui s'allierait avec celui de l'idée. Qui salirait la virginité du vide, de la tranquillité.
          Dans ce qui bave de l'intérieur, d'entre le fruit de la vie, c'est une fermentation de sensations, un agglomérat d'affects qui s'importunent de considérations inconscientes ou idiotes et viennent gâter le fruit. De celles qui font que la mécanique sanguine ou sanguinolente tient de l'homme, et ne peut garder une propreté machinale.
          Tant que ça bave, ça trace, on se régale, on n'en est pas à essuyer les commissures. C'est quand le repas est fini, que les ennuis commencent. Rajouter une couche, un digestif. Apposer ses ratures comme des relents gastriques, pour que ça passe mieux. C'est comme remâcher ce que l'on vient de vomir. Histoire que les restes dans l'assiette continuent à ressembler au repas qu'on a sué à cuisiner, puis avaler.
          Parfois s'apercevoir que la bave a atteint toute la nappe. Mais rechigner à en changer, pour une nouvelle. C'est qu'on l'aimait bien, enfin, cette dernière. On avait fini par s'y habituer. Il y a les traces des orgies précédentes, des restes de pièces qui tiennent à cœur, des restes de haut-le-cœur. Alors commencer un nouveau carnet, suinter de nouveaux mots, salir de nouvelles pages si blanches...
          Et d'abord, cette bave, sèche dès lors qu'on a fini d'y mettre les doigts, qu'on l'a laissée reposer, paraît soudainement si étrangère. Vient-elle vraiment de soi ? Elle a pris, revendiqué son autonomie, champignon quasi indépendant du fruit. Ce n'est plus qu'un objet extérieur, externe à soi, ce produit qui venait de l'intérieur. En fin de compte, est-ce vraiment soi ? Est-elle si fidèle ? Mais fidèle à quoi ?
          Enfin, sans y chercher légitimité, affirmation d'existence ( quelle légitimité à la bave d'ailleurs, fors indications médicales ), qu'a-t-elle réellement à offrir aux regards ? Qu'une expiration de dégoût, l'expression d'une curiosité, l'inspiration d'un écho dans l’œil de l'autre, l'expiation d'un poids, d'une emphase toute personnelle. Que peut-on bien y voir ? C'est amorcer aussi une certaine séparation d'avec soi, que de donner à voir le dégueuli de soi, là, à terre, à l'autre, dans le danger de se le voir retourner avec répugnance, voire goguenardise.
          Oui, baver, c'est beaucoup comme écrire, ça comporte beaucoup d'inquiétudes. Puis à y regarder, baver, c'est vivre aussi, pleinement. Et vivre, c'est avoir des inquiétudes. Mais heureusement, pas que...
  
 

4 commentaires:

  1. digression 1 : j'espère que c'est toi qui fais le ménage !

    divagation 1 : au printemps, changer de comportement, opter pour l'inflorescence plus de circonstance.

    Digression 2 : n'y a-t-il pas danger à avoir si grand appétit ?(risque d'indigestion)

    divagation 2 : imagine la tête du petit voyant son paternel se noyant dans les flots incontrôlés de mots difficilement éructés.

    Broderie finale : de quoi occuper les longues heures à attendre expiration et/ou l'inspiration
    http://legrenierdebibiane.com/Broderie/broderies.html

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  2. :D

    J'espère que tu as pris autant de plaisir que j'ai ri en te lisant.

    [juste entre nous, cette déliquescente bave a été retenue, elle va prochainement tâcher d'autres foyers... Mais chut, je n'en dirai pas plus, suspense... :)]

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  3. je bouille à petits feux (un indice...?)

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  4. ah non non non, hé hé ! ce sera un peu comme l'auto-cuiseur, la cuisson sera lente, et le plat savoureux, prêt pour les fêtes de Noël... (le voilà, l'indice)
    ce sera aussi dur pour moi de fermer mes mouilles... Mais bon, la surprise en vaudra le coup. Je l'avais prédit (n'en déplaise à ceux qui n'y croit pas), que septembre réservait des surprises... Ainsi, le mois n'est pas fini, certaines seront éclairées dans le mois, d'autres couveront bien au chaud sous les braises (même si moi, hé hé, j'en connais déjà une petite partie), pour éclore le moment venu...

    Ah on se moque de ma bave, et bien, salivez maintenant ! :D

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