jeudi 7 juin 2012

Du signe





 - c'est mon obscurité qui t'a attirée
c'est ta blancheur qui m'apporte
la valeur -

 

De l'encombrement

crois-bien que ces parts-là
qui partitionnement l'épaule
où tu t'appuies, pardonnes
qui donnent ce travers d'allure
crois bien que ces parts-là
qui ancre le foie au ventre
montre du doigt les parois
je les mettrai bien disposés
emportés aux encombrants
serai-je alors porté pareil
sans ces parts-là creusant
ces parts qui encombrent
une part des décombres

mercredi 6 juin 2012

Du clapier du coin



D'abord le grand portail du mur aveugle. Puis la porte grillagée. Pièce d'identité, vos papiers. Le portique, videz vos poches. Il y a un casier. La première grille, le sas. La seconde grille, la vigie. La sonnerie grave à chaque ouverture. Le bras tendu pour tirer leur pesanteur. L'odeur de javel qui vient se mélanger à celle âcre du plastique brûlé et celle forte du café. La troisième grille, ouverture de l'aile droite. L'escalier, la coursive qui fait le tour, au milieu, le grillage tendu dans le vide. Elle retient le regard, allonge l’œil, jusqu'au tréfonds de l'aile. Les portes qui s'alignent, numérotées, étiquetées, rapporteuses. Puis, perdue, incongrue, cette salle de classe enclavée dans le coin du couloir, entre cette petite vigie et le téléphone "publique". Chacun circule et vaque, selon l'heure, la tâche, la peine. Bientôt le travail, bientôt la promenade.
On y engraisse la rancœur, le remord, la colère, le muscle, l'espérance, d'une bouillie infâme. Les yeux accrochés aux barreaux, les barreaux qui regardent au ciel. On y engraisse des squelettes filiaux qui s'agglutinent devant le grand portail, attendant l'heure de la parole. L'heure de parler, et d'écouter parler les sacs plastiques. Le portail, la porte, le portique, la grille. T'es où ? C'est toi. Tu sais. Merde.
C'est tout un monde, parallèle, sans autre dimension, la maison d'arrêt. La vie ne s'arrête pas, elle s'y ramasse, intense. Tendue. Elle s'y ramasse sur elle-même. Fraternité des chiens en chenil. I-monde, a-monde. Un concentré du monde.


mardi 5 juin 2012

Des points d'ancrage




En fin de compte, ce doit être cela. Elle ne symbolise rien, n'est pas un fantasme. Tout compte fait, la mer doit représenter non pas cette possibilité de fuite, mais bien d'ancrage. Prendre la mer, pour faire enfin jonction d'avec ce monde, d'entre ces deux mondes. Lui appartenir pleinement. Cet appel comme un élan vital qui remue, tend vers comme un instinct de survie inconscient. Comme la recherche de l'air pour s'emplir, éviter la suffocation sous le nombre, du nombre. La foule, le prix, le chiffre, le tarif, la côte, le coût. Tendre le cou. Respirer. Tenir sa bourse entre les jambes. Pas science onirique, mais tension presciente et sereine. En fin de compte, ce conditionnement empirique reflue comme une évidence. Là prendra sens l'achèvement. Sans tour de passe-passe, d'ivoire. Au niveau zéro, véritable. La coquille de noix délivrée aux vents.



   

lundi 4 juin 2012

Important

 
- le nœud du sac -

Des voiles

Ce n'était pas un être tout à fait singulier. Il s'obstinait à regarder le monde à travers le voile de ses yeux, en courbant l’œil pour qu'il y incorpore à la vue la tringle du rideau. Ce n'était pas un être tout à fait arbitré. Il n'oubliait pas de tenter d'en détisser les fils pour en suivre le cours, tout en l'écartant en s'écartelant. Il attendait le voile du regard.

dimanche 3 juin 2012

Des causeries et des foins



Si je garde un lopin à la mode des anciens, ce n'est pas pour vanter les mérites des labeurs d'avant. Ce n'est pas pour glaner l'admiration d'un travail d'antan. Si tout s'y coupe à force de bras, de poignet, c'est que l'on y joue en règle la foire d'empoigne entre sève et sang, fibre et chair. Si aucun moteur ne passe ce côté de la barrière, que l'essence de la sueur, c'est pour faire remonter l'odeur. L'odeur d'une mythologie propre. Celle qui va se chercher dans cette vieille armoire vermoulue au fond du grenier mémoriel. Celle qui ressurgit comme un doux reflux fruité : cette effluve de foin ressuscitée du temps insoucié.
C'est raviver en plein air le constituant d'un kitsch, d'une souvenance qui ne peut se contenir ni se contenter dans une fiole manufacturée.


  

samedi 2 juin 2012

De la cueillette : Des proportions gardées

Rester bienveillant, même dans l’exécration.

Des côtés de barrière


  
De l'autre côté de la barrière, c'est une autre époque. Une survivance d'un temps révolu. Un îlot figé au milieu de la procession pavillonnaire qui s'étire toujours plus loin, plus ordonnée, décontenancée. D'antan il ne reste autour que quelques murs de brique aux joints qui s'effritent. Les demeures campagnardes 1900 s'amenuisent, dispersent leur poussières aux intempéries et aux crépis et enduits manufacturés.
De l'autre côté de la barrière, c'est deux frênes qui résistent. Deux majestés des pâturages qui s'étirent dans l'étouffement terrassier des clôtures tissées. Deux cloitres accueillant ce que l'humain ne décèle plus. Pic-vert, chouette, merle, tourterelle et autres. Deux cloitres qui ne connaissent plus le meuglement, plus que la menace de la meurtrissure, l'ombre portée d'une persécution vache.
De l'autre côté de la barrière, c'est une moitié d'hectare qui connait encore quelques gestes d'avant. Qui regarde la friche pousser, les graminées monter, les herbes folles bruisser et les insectes fourmiller en bon garde-manger des tribus volatiles. Ce sont deux frênes qui ne cillent pas lorsqu'ils aperçoivent la faulx se balancer. C'est la lame courbe qui résonne comme les vêpres au loin. A la fois étreint et rassurant. C'est la faucille qui dégage le plant des pousses et engage le bras à l'ardent labeur.
De l'autre côté de la barrière, c'est l'absence du temps machinal. C'est le colloque de l'oubli qui nargue la déliquescence d'une nature ordonnancée. C'est la pousse séculaire qui dit : "je suis là". C'est l'affirmation vétuste et simple d'une essence tenaillée. Le palpable et la résistance d'une essence délaissée. Et le bruit de son effort pour continuer à se perpétuer dans la vue et le corps.